20 octobre

Elections fédérales: quand la rue crée un nouveau climat

A l’exception de l’UDC, tous les partis politiques, des Verts au PLR, ont été contaminés par les manifestations climatiques et les rapports des scientifiques. Mais il subsiste des divergences internes, notamment dans les régions périphériques, confirme la charte de la transition écologique du «Temps»

De gauche à droite, tout le monde l’admet: les manifestations pour le climat ont exercé une influence indiscutable sur les partis suisses. «Pas seulement les manifestations, mais aussi les rapports alarmants du GIEC sur les océans et les glaciers. Et c’est lié à la proximité des élections fédérales», diagnostique le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen (PDC/FR), dont le parti s’engage depuis plusieurs années pour une politique plus respectueuse de l’environnement.

S’il peine parfois à l’admettre, le PLR a opéré un virage important. En juin, après une large consultation interne, il a fait adopter par sa base un document stratégique au ton nouveau. «En neuf mois, nous avons soutenu une loi sur le CO2 qui va plus loin que tout ce qui avait été fait précédemment mais reste économiquement et socialement supportable», relève le conseiller aux Etats Damian Müller (PLR/LU), l’un des principaux artisans de cette nouvelle stratégie. Le PLR est revenu de loin: en décembre, il avait contribué à l’échec de la loi sur le CO2 au Conseil national, avant d’en approuver la version révisée en septembre au Conseil des Etats. Aujourd’hui, il promet même de compenser les émissions de CO2 générées par les élections en versant une somme à la fondation Myclimate pour chaque vote en sa faveur.

Son «plan Marshall» redonne de la visibilité au PS

Les voix discordantes se font désormais plus discrètes au PLR. En juin, la nouvelle position sur le climat a été adoptée par 90% des délégués, résume le chef du groupe parlementaire, Beat Walti. Paradoxalement, ce sont surtout des jeunes qui sont les plus perplexes, par exemple à l’égard d’une taxe nationale sur les billets d’avion. La charte de la transition écologique du Temps montre que les candidats PLR restent les plus divisés, en particulier sur la question de la responsabilité environnementale des acteurs financiers. Jacques Bourgeois (PLR/FR) pense néanmoins que la nouvelle doctrine climatique du PLR sera soutenue par ses collègues du Conseil national lorsque celui-ci réexaminera la loi sur le CO2, sans doute en mars 2020.

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Le PS s’est lui aussi montré plus offensif depuis que les jeunes et les scientifiques ont fait entendre leurs voix. Début juillet, il a présenté une nouvelle offensive climatique, sous la forme d’un «plan Marshall». Celui-ci se fonde sur le constat que la Confédération accumule les excédents depuis une quinzaine d’années. Il propose d’investir ces milliards dans l’assainissement énergétique des bâtiments, l’énergie hydraulique et le photovoltaïque. Le PS souhaite augmenter les aides publiques afin d’atteindre un investissement annuel de 12 milliards, quatre fois plus qu’aujourd’hui. «L’idée de ce plan Marshall est née en janvier, après l’échec de la loi sur le CO2 au Conseil national. On faisait de la surenchère sur les objectifs et les délais, mais il manquait un plan d’ensemble et l’on ne parlait guère des mesures», rappelle le chef du groupe parlementaire Roger Nordmann, auteur d’un livre sur l’énergie solaire. «La population demande des mesures concrètes plutôt que des imprécations de fin du monde», assure-t-il. En présentant ce «plan Marshall», le PS s’est redonné une certaine visibilité sur un sujet auquel on associe plutôt les Verts ou les Vert’libéraux.

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«Prendre la population par la main»

Au PDC, les réflexions ont également évolué ces derniers mois, concède Beat Vonlanthen. Il pense à la taxe sur les billets d’avion, à l’introduction d’une taxe incitative sur les carburants ainsi qu’aux délais fixés pour le remplacement des chauffages à mazout. Bien implanté dans les régions périphériques, ce parti veille toutefois à ne pas en brusquer les habitants avec des mesures discriminatoires. Cette préoccupation ressort aussi de la charte écologique. Plusieurs candidats et candidates démocrates-chrétiens insistent sur ce point. «Il ne faut pas aller trop vite. Il faut prendre la population par la main», plaide celui qui a été sanctionné lorsqu’il était ministre de l’Energie dans son canton: parce qu’elle prévoyait d’interdire les chauffages électriques, la loi fribourgeoise sur l’énergie a été refusée.

Un seul parti reste hermétique aux appels lancés par la société civile et les scientifiques: l’UDC, qui dénonce l'«hystérie climatique» ambiante et attribue à l’immigration la responsabilité des pressions exercées sur l’environnement en Suisse.


Les six questions les plus clivantes de notre charte écologique

Les candidats romands aux élections fédérales ont été invités à se positionner sur notre charte de la transition écologique. Elaborée de manière collaborative, elle leur propose un constat et une trentaine de mesures concrètes. Pour chacune, les candidats peuvent indiquer s’ils la rejettent (non), s’ils souhaitent la soutenir (oui) ou s’ils sont prêts à lancer personnellement une intervention ou une initiative parlementaire à ce sujet (oui +). La formulation des mesures a été simplifiée dans cette infographie, mais la charte est consultable dans son intégralitéP.RO.

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PS

Créer une commission extraparlementaire chargée 
de défendre les intérêts des générations futures?

Créer une commission d’experts qui conseille les autorités fédérales en défendant les intérêts des générations futures: chez les candidats socialistes, cette proposition est celle qui divise le plus. Les conseillers nationaux vaudois Roger Nordmann et Samuel Bendahan sont d’avis opposé. Le premier est «contre la délocalisation de la responsabilité hors de la politique», le second estime que «le savoir des politiques et des décideurs est insuffisant» et se dit prêt à soutenir personnellement cette mesure par une intervention ou une initiative parlementaire (oui +). Dans l’ensemble, les candidats du PS ayant pris position approuvent unanimement deux tiers des mesures proposées, notamment celle de promouvoir les trains de nuit.

Verts

Favoriser des expériences en matière de covoiturage pour préparer l’intégration des voitures autonomes?

Les Verts acceptent presque d’une même voix les mesures proposées, sauf la proposition mêlant covoiturage et voiture autonome. Trois d’entre eux n’y adhèrent pas, notamment la maire d’Onex Ruth Bänziger: «La voiture autonome ne donne aucune vision d’avenir. Un changement technologique ne remplace pas un changement de comportement», relève-t-elle, préférant améliorer la complémentarité des moyens de transport. Même les candidats qui soutiennent la mesure sont nombreux à se montrer dubitatifs. «Que l’on loue son véhicule chez Mobility lorsqu’on en a besoin, d’accord, mas la voiture autonome, c’est du flan. En vrai, on appelle ça un train», réagit Fabien Fivaz, candidat neuchâtelois au National et aux Etats.

Vert’lib

Analyser l’impact environnemental de chaque 
nouvelle loi et le communiquer?

Les Vert’libéraux sont presque aussi unanimes que les Verts. L’étude de l’impact environnemental de chaque nouvelle loi ne convainc cependant pas deux d’entre eux, qui craignent «une source de lourdeurs administratives insoutenables», comme le formule Maxime Auchlin. «Au sein d’un hémicycle, on doit souvent débattre au pied levé d’amendements déposés tardivement, voire non débattus en commission. Ce fonctionnement me semble peu compatible avec l’objectif – somme toute louable – de vouloir analyser l’impact de chacune des mesures, une à une, à l’aune de son empreinte écologique, expose le député suppléant du Grand Conseil neuchâtelois. Il me semble qu’on prêterait le flanc à une contestation systématique pour une question de kg de CO2.»

PDC

Introduire une taxe incitative 
sur le carburant?

Les élus du PDC ayant répondu sont unanimes pour un tiers des mesures proposées, notamment l’interdiction du plastique à usage unique. La taxe incitative sur l’essence et le diesel est celle qui les clive le plus. «Evitons les erreurs faites en France qui ont amené aux manifestations des «gilets jaunes», commente le candidat jurassien François Monin. «Il est difficile d’imposer une décision unilatérale en Suisse, précise-t-il. Un citadin de Zurich sera moins touché qu’un habitant d’une région rurale où une voiture privée est nécessaire au quotidien.» Claude Béglé, le patron de SymbioSwiss et ancien président du Conseil d’administration de La Poste, se dit au contraire prêt à porter une telle mesure devant le parlement.

PLR

Inciter les acteurs financiers à prendre en compte 
l’environnement dans leurs investissements?

Les 17 élus PLR ayant pris position répondent quatre oui unanimes, par exemple quand il s’agit d’encourager l’innovation dans le traitement des déchets. Sur le devoir fiduciaire des acteurs financiers, ils se montrent plus divisés. Le candidat neuchâtelois Nicolas Jutzet, ancien coordinateur romand de «No Billag», fait partie des sceptiques: «La pression doit venir de leur clientèle, le changement est en route. De manière générale, la loi n’a pas à faire la morale.» Le Genevois Maxime Provini répond oui+ à cette mesure: «Les fonds de pension, en particulier, ont un levier intéressant. Aujourd’hui, dans leurs décisions de placement, ils ne devraient plus tenir compte des seules performances, mais aussi de l’impact environnemental et sociétal.»

UDC

Introduire une taxe incitative 
sur les billets d’avion?

«La protection de l’environnement n’a pas besoin de nouvelles lois et prescriptions», énonce le programme politique 2019-2023 de l’UDC. Les 4 candidats romands (sur 135) qui ont répondu à notre charte n’ont donc pas une position représentative de leur parti. S’ils rejettent unanimement les taxes sur le carburant et le combustible, leurs avis sont plus nuancés quand il s’agit des billets d’avion. «Sur le principe, je suis contre toute nouvelle taxe. Cependant je soutiendrai cette mesure-ci du bout des lèvres, à la condition que la Suisse agisse aussi au niveau du transport maritime», concède le Neuchâtelois Pierre Hainard. Le Vaudois Vladimir Novak n’y croit pas: «Une taxe n’aurait aucun effet concret, les gens continueraient de voyager en avion.»

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