La campagne est courtoise, mais intense. Le 1er juin, les citoyens du district fribourgeois de la Sarine éliront leur nouveau préfet, qui succédera au charismatique Nicolas Deiss (PDC) à partir du 1er septembre. Trois candidats se disputent le poste: le démocrate-chrétien Hubert Dafflon, le socialiste Carl-Alex Ridoré et le radical Denis Boivin. Le scrutin est important. Abritant la capitale cantonale, la Sarine est le plus grand district du canton, avec ses 92500 habitants (chiffre de 2006).

Les enjeux d'un scrutin

Toujours plus urbaine, cette région fera l'objet de grands enjeux ces prochaines années. L'agglomération fribourgeoise - dont les statuts sont également soumis à votation le 1er juin - doit enfin décoller de façon à devenir un moteur cantonal. Divers projets de fusions ont été lancés afin d'améliorer l'efficience des communes. En premier lieu celui voulant faire de Fribourg un vrai centre fort de 60000 habitants. Le visage même de la Sarine est appelé à évoluer, puisque l'Etat concocte actuellement un projet de réforme territoriale qui pourrait ramener le nombre cantonal de districts de sept à trois.

Dans tous ces dossiers, le préfet sera aux premières loges. Héritiers directs des magistrats mis en place par Bonaparte en 1803, lors de l'Acte de médiation, les préfets fribourgeois ont en effet acquis un statut unique en Suisse depuis qu'ils sont légitimés par les urnes - ils ont été rendus éligibles par le peuple par la grâce d'une initiative radicale acceptée en votation populaire en 1976.

Relais des décisions gouvernementales, ils exécutent une palette de tâches des plus variées (police, délivrance d'autorisations et de permis de construire, magistrat judiciaire de première instance, autorité de conciliation dans le droit pénal). Surtout, ils sont devenus les moteurs du développement régional - ce qui, paradoxalement, les amène parfois à être en contradiction avec le canton.

Différents dans leurs atouts, les trois candidats forment une brochette de qualité. Ils pourraient du reste postuler sans crainte à la fonction de conseiller d'Etat - laquelle peut être une étape suivante dans le cursus politique fribourgeois. En vertu des forces partisanes, le socialiste Carl-Alex Ridoré et le PDC Hubert Dafflon partent avec une longueur d'avance sur Denis Boivin. Mais dans ce type d'élection, la personnalité joue un grand rôle. Le radical a donc ses chances, d'autant plus qu'il bénéficie du soutien déclaré de l'UDC. Aucun des trois hommes ne semble en mesure d'obtenir la majorité absolue le 1er juin. Un deuxième tour est ainsi probable. Il mettra aux prises, le 22 juin, les deux meilleurs du premier acte.