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Elections à Zurich: Filippo Leutenegger, l’adversaire souriant

Le camp bourgeois montre une volonté d’alliance plus forte que d’ordinaire, mais cela ne suffira sans doute pas à renverser la majorité de gauche. Pour les plus aguerris, le municipal PLR se montre trop aimable envers ses collègues

C’est la «locomotive» de la droite zurichoise: Filippo Leutenegger, municipal PLR responsable des travaux et de la voirie, ne se contente pas de briguer un second mandat à l’exécutif lors des élections municipales du 4 mars prochain. Il tente aussi de remporter la mairie. L’ancien journaliste de la télévision alémanique, porté par sa notoriété, n’a pas de souci à se faire pour sa réélection. En revanche, ses chances de devenir président de la plus grande ville de Suisse (416 000 habitants pour la seule commune de Zurich) sont minces. Critiquée à ses débuts en 2009 pour son manque de charisme, la maire socialiste Corine Mauch a remporté 48 600 voix, soit 16 300 de plus que le PLR lors des dernières élections communales, en 2014.

Pourtant, derrière «Filippo», il y a l’union d’un camp bourgeois comme Zurich en a rarement connu, avec un ticket de cinq candidats – deux PLR, deux UDC et un PDC – surnommé le «Top 5». Lancés avec l’ambition de renverser la majorité, ils ont tenté durant toute la campagne d’égratigner la gauche, fustigeant un gouvernement endormi sur son pouvoir, dont la politique au-dessus de ses moyens conduirait la ville au déclin. Que ce soit dans la politique de logement ou de transport, les deux thèmes les plus électriques à Zurich, l’exécutif rose-vert, au lieu de «gouverner», ne fait qu’«administrer», fustige le camp bourgeois.

En 2014: Filippo Leutenegger gérera les Transports en Ville de Zurich

«La gauche se repose sur ses lauriers»

«La gauche ne fait rien tant que la droite ne la force pas à bouger», estime Severin Pflüger, président du PLR zurichois. Il donne en exemple la politique du logement: l’exécutif a fini par adopter l’an dernier une réglementation réclamée par la droite pour limiter l’accès aux appartements à loyer modéré. En 2014, le Conseil municipal avait débusqué 130 millionnaires dans les quelque 9000 logements de la ville.

Au cours de sa campagne, le camp rose-vert n’a pas fait d’annonces surprenantes, il compte poursuivre sur la voie qu’il a tracée jusqu’ici: créer davantage de logements et locaux à loyer modéré, améliorer les aides aux familles, ou encore accélérer la création de pistes cyclables. «La gauche se repose sur ses lauriers. Le même groupe de personnes ne devrait pas rester plus de dix ans au pouvoir», dit Filippo Leutenegger sans pour autant se départir de sa bonne humeur. Que ferait-il de mieux s’il était maire? «Je pourrais donner des impulsions, même sans majorité. Ce que j’ai à proposer, c’est une vraie stratégie d’avenir pour Zurich.» Le PLR, père de cinq enfants, rêve de baisser les impôts, densifier la ville, limiter la croissance des dépenses et réformer les institutions, en commençant par faire passer le nombre d’élus de neuf à sept à l’exécutif.

«Il pleut de l’argent»

Mais ni ces projets, ni les invectives convenues de la droite ne semblent à même de bousculer le paysage politique. Le seul élément déstabilisateur de la campagne a été amené par la gauche elle-même: le retrait de la conseillère municipale socialiste Claudia Nielsen, à moins d’un mois du scrutin, a ouvert le jeu politique. Mise en cause pour sa gestion de la crise des hôpitaux publics, la cheffe du Département de la santé a craqué sous la pression. Ce petit séisme a dynamisé la droite dans la dernière ligne de la campagne, même s’il n’est pas question de révolution: «Nous espérons conserver nos deux sièges PLR, le siège PDC et peut-être obtenir un quatrième siège. Ainsi, dans quatre ans, nous tenterons de gagner la majorité avec cinq sièges sur neuf», souligne Severin Pflüger.

Un opposant trop aimable

«La gauche est arrivée dans les années 1990 dans une ville en crise. Aujourd’hui, Zurich va bien, Corine Mauch n’a pas fait d’erreur et il pleut de l’argent. Dans ces conditions, difficile d’imaginer un basculement, malgré une volonté d’alliance de la droite», estime le politologue zurichois Louis Perron.

Surtout si celui qui doit attaquer le gouvernement en fait partie. En chef de file de l’opposition, Filippo Leutenegger ne convainc pas tout le monde dans son propre camp. La Weltwoche, hebdomadaire de droite, le trouve trop aimable: «Il devrait vilipender le gouvernement pour sa gestion chaotique des hôpitaux, prendre son mégaphone pour clamer que la gestion des maisons occupées est un désastre. Mais Leutenegger n’attaque pas, il susurre», regrette le journal, pour qui l’ancien chef de l’émission de débat politique Arena est «resté modérateur dans l’âme». Une manière d’assurer sa place, défend Severin Pflüger: «S’il se montre trop agressif, il passera pour le désagréable de service aux yeux des électeurs. Il doit rester sympathique.»


L’UDC parviendra-t-elle à revenir à l’exécutif?

La campagne pour les élections municipales et communales zurichoises semblait jouée d’avance, avec un bloc de gauche inamovible, prêt à maintenir l’équilibre des forces en sa faveur, à six sièges contre trois. Mais, un mois avant le scrutin, la candidate du PS Claudia Nielsen, mise en cause pour sa mauvaise gestion des hôpitaux publics déficitaires, a créé un petit séisme en abandonnant la course. Faute de candidat de secours, le PS perd l’un des quatre sièges qu’il occupait depuis 1998.

Les six sortants (3 socialistes, 1 PLR, 1 Alternative Liste, 1 Vert) devraient être réélus. L’incertitude demeure en revanche sur le sort de trois sièges vacants: celui du PLR Andres Türler et celui du PDC Gerold Lauber, qui ne se représentent pas, et désormais celui de la socialiste Claudia Nielsen. Dans cette configuration, deux partis pourraient faire leur entrée à l’exécutif: le groupe vert’libéral et l’UDC, qui rêve de revenir au gouvernement zurichois depuis trente ans.

«L’illustration d’un manque de stratégie»

«La droite pourrait obtenir un quatrième siège, mais son premier défi sera de s’assurer de conserver ses deux sièges vacants, à côté de celui de Filippo Leutenegger. Le cas Nielsen est illustration d‘une usure de pouvoir qui pourrait nuire aux socialistes. Pourtant son retrait devrait quand même être contre-balancé au sein de la gauche, car il aidera probablement la verte Karin Rykart», analyse le politologue zurichois Louis Perron.

Le mauvais scénario pour le camp bourgeois serait de voir la Verte Karin Rykart prendre la place de Claudia Nielsen et de perdre l’un de ses trois sièges au profit du Vert’libéral Andreas Hauri. Ce député au Grand Conseil, grand promoteur des nouvelles technologies à l’allure décontractée, a soudain émergé dans la dernière ligne droite comme un adversaire sérieux.

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