C’est une sorte d’audition géante qui s’est tenue mercredi soir sur la scène de la Nouvelle Comédie de Genève. Avec un rôle à attribuer: la place des jeunes dans la démocratie, et un «jury» à l’écoute: la commission des droits politiques du Grand Conseil et ses 15 députés. Près de 250 jeunes étaient réunis pour débattre de l’introduction du droit de vote dès 16 ans au niveau cantonal. Initiée suite à un projet de loi dont s’est saisie la commission au début 2020, l’organisation d’un grand débat a dû être repoussée à deux reprises en raison de la pandémie. En fin de séance, les élèves présents étaient invités à se prononcer en glissant leur bulletin dans les urnes.

«Ce soir, nous vous auditionnons vous, pour avoir votre avis», a lancé le député Jean-Marc Guinchard à l’assemblée, mettant pour cette fois de côté la confidentialité entourant les travaux de commissions. Venus des quatre coins du canton, des élèves d’écoles de commerce et de culture générale, des collégiens et des apprentis. Un précédent coup de sonde du Parlement des jeunes (PJG) et du Groupe de liaison des associations de jeunesse (GLAJ) avait mis en lumière une grande division sur la question du droit de vote à 16 ans au sein de leurs membres. Genève est par ailleurs doté d’un Conseil de la jeunesse censé émettre un préavis sur des projets de loi ou des objets parlementaires cantonaux ou communaux. Il est composé d’un panel de 20 à 25 jeunes âgés de 14 à 21 ans.

L’influence des réseaux sociaux

Le vouvoiement entre élèves est pour le coup de circonstance. Sur les planches, quatre jeunes opposent leurs points de vue sous l’œil de leurs camarades et d’une commission aux premiers rangs. Peu d’expérience et manque de maturité: «Nous ne disposons pas des outils nécessaires pour pouvoir voter correctement», déplorent Lena et Sophie. Face à elles, Nemo et Zoé campent le oui, en rétorquant qu’il existe bel et bien des adultes immatures. Un débat tenu, des arguments solides et qui n’ont pas empêché la spontanéité, l’exercice est réussi. A l’appui des échanges, l’exemple de Glaris qui connaît le droit de vote à 16 ans depuis une dizaine d’années. S’il est un modèle pour certains, d’autres pointent le taux de participation extrêmement faible des jeunes dans ce canton. Les refus récents de Berne et de Neuchâtel sont aussi invoqués de part et d’autre de la table.

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Suivant le débat entre étudiants, la quinzaine de députés prend place sur la scène et pose ses questions à l’assemblée. Le terme «réseaux sociaux» fait une entrée en force. Il reviendra systématiquement dans la bouche des élèves pour invoquer le manque d’informations fiables dont ils disposent. «Les algorithmes tendent à nous enfoncer dans nos convictions, un peu comme le font les influenceurs. Ce qui me fait peur ce sont les gens qui pensent pouvoir donner leur avis sur tout», expose un élève en réponse au député vert Pierre Eckert.

En Suisse, 130 000 personnes seraient concernées par l’abaissement de l’âge du droit de vote à 16 ans. Dans la salle, les élèves semblent très divisés sur son éventuelle introduction. Après le dépouillement des 174 bulletins valides sur 188, c’est un oui à tout juste 53% qui sort des urnes.

Une demi-voix

Alors que nous nous apprêtons à quitter le foyer du théâtre, Safwan, en deuxième année au collège Voltaire, nous intercepte: «J’ai raté le débat en me rendant dans l’ancienne salle de la Comédie, à Plainpalais!» regrette-t-il. Suivant de près la politique et l’évolution des lois, celui-ci a récemment acquis une moto de 125 cm³, chose possible dès 16 ans depuis janvier 2021. «C’est dommage, poursuit Safwan. Pour mettre d’accord les pour et les contre, je voulais proposer que le vote des jeunes soit comptabilisé comme une demi-voix. Cela aurait peut-être permis de rassurer tout le monde, en incitant quand même la participation démocratique!»