Genève

Et maintenant, les élèves se mettent en grève

400 élèves ont débrayé lundi au cycle d’orientation de Drize et au collège Voltaire. Ils protestaient contre le boycott de la fête de l’Escalade

Tu débrayes, vous débrayez? Nous débrayons. Lundi matin, les élèves du cycle d’orientation de Drize ont conjugué le verbe à la première personne du pluriel, prenant leurs professeurs à leur propre piège. Furieux que ceux-ci aient boycotté les festivités de l’Escalade et observé six jours de grève, 200 élèves s’y sont mis à leur tour. Ils n’ont rejoint leurs classes que pour la quatrième heure. Dans l’après-midi, le mouvement s’étendait au collège Voltaire, où 200 étudiants ont emboîté le pas de leurs cadets et débrayé pendant 45 minutes.

«On veut faire réagir les enseignants, explique une élève de Drize. On nous enlève les camps, les voyages d’étude et on a pris du retard dans les cours». Une autre enchaîne: «ils ne font grève que pour leurs conditions de travail, ce n’est pas à nous de payer!» Pour rappel, la fonction publique, enseignants en tête, proteste contre les mesures d’économies du Conseil d’Etat – l’équivalent de 5% de réduction des charges de personnel –, contre le budget 2016 et contre la loi du «personal stop» qui prévoit de geler les postes. Selon une méthode éprouvée, les représentants syndicaux des cycles d’orientation ont donc préconisé, outre la grève elle-même, celle des notes, ainsi que le boycott de l’Escalade, mot d’ordre suivi par la majorité des cycles. Si les élèves étaient accommodants jusqu’ici, l’atteinte au symbole les a décidés à réagir.

Une réaction qui menaçait de prendre une tournure risquée, dans le petit brouillard matinal: «Les élèves avaient résolu de partir en cortège en ville, explique Pierre-Antoine Preti, porte-parole du Département de l’instruction publique (DIP). La directrice a donc appelé les policiers municipaux pour éviter tout danger lié à la route. Fort heureusement, elle est parvenue à persuader les élèves de rester.» Mieux: les délégués des élèves et la directrice sont parvenus à un accord: la disco de l’Escalade étant bel et bien annulée, elle sera remplacée par une autre en février, ainsi qu’un moment de réjouissances le 23 décembre. Contrairement à la rumeur, les camps de ski prévus l’an prochain auront lieu. Quant aux voyages d’études de fin d’année, ils seront remboursés si ceux-ci ne devaient pas être maintenus. «Etant donné que la disco traditionnellement prévue est hors horaires scolaires, le DIP ne peut pas forcer les enseignants à faire du bénévolat, estime Pierre-Antoine Preti. Si nous regrettons que cette fête n’ait pas lieu, reconnaissons toutefois que l’organisation de discos ne fait pas partie de la mission principale de l’école.» Qui est d’enseigner, chacun en conviendra. Que les enseignants ne s’en soient pas souvenus au moment de faire grève, c’est aussi ce que certains élèves leur reprochent. «Nous avons donc demandé un report des évaluations communes d’une à deux semaines en vue de permettre un rattrapage de ces six jours manqués», explique Stéphane Proust, président de l’association de parents d’élèves du cycle d’orientation de Drize (APECO-Drize).

Reste à savoir si le mouvement entamé par les adolescents pourrait faire tache d’huile. Un risque que le DIP prend au sérieux. Contacté, le syndicat des enseignants du secondaire (FAMCO) n’a pas trouvé le temps de répondre à nos appels.

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