Enseignement

Les élèves suisses pas si forts que ça en maths

Mauvaise surprise pour le premier test à l’échelle nationale: un tiers des jeunes scolarisés n’obtiennent pas le niveau de base dans une branche qui fait pourtant la fierté de la Suisse dans les classements internationaux

La Suisse possède désormais son test national de compétences des élèves. Les premiers résultats divulgués vendredi par la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) à Berne réservent des surprises. Seuls 62% des élèves maîtrisent les connaissances de base en maths, une branche pourtant considérée comme un noyau dur de la formation scolaire obligatoire.

Les élèves suisses se révèlent insuffisants alors même qu’ils sortent premiers européens en maths dans les classements PISA. Seule consolation: les élèves obtiennent des résultats satisfaisants en langues. Ils sont 88% à posséder les compétences fondamentales dans la langue de scolarisation et 80 à 89% maîtrisent l’orthographe. Quant à la première langue étrangère (outre-Sarine, il s’agit de l’anglais ou du français selon le canton), plus de 90% des élèves de primaire atteignent le niveau requis en compréhension orale.

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Les autorités n’ont pas de «réponse définitive» pour expliquer les disparités entre les tests internationaux et l’évaluation nationale en maths. Les écarts de compétences dans les cantons s’expliquent en partie seulement par des caractéristiques individuelles comme l’origine socio-économique des élèves ou, dans une moindre mesure, leur statut migratoire et le contexte familial. De manière générale, les régions urbaines présentent des écarts de compétences plus grands. La CDIP avance le niveau d’exigence élevé requis en Suisse et affirme qu’elle réexaminera la question.

Les Romands meilleurs en maths

Le test révèle aussi de grandes disparités régionales. Les cantons romands figurent parmi les bons élèves: ils se situent tous dans la moyenne ou au-dessus. Pour Beat W. Zemp, président de l’association faîtière des enseignants alémaniques, il n’y a pas de doute: l’harmonisation scolaire entamée plus tôt côté romand explique les bons résultats des cantons francophones. Outre-Sarine, le Lehrplan 21, en cours de mise en place, a fait l’objet de batailles politiques dans une douzaine de cantons.

Bâle-Ville obtient le plus mauvais score du palmarès: seuls 43% des élèves de la cité rhénane maîtrisent les fondamentaux en maths. Deux cantons romands, Fribourg et le Valais, se hissent au sommet du classement, avec plus de 80% d’élèves possédant les compétences de base. Le nombre d’heures consacrées à une branche ne suffit pas à expliquer les disparités: à Genève, les élèves suivent à peu près autant d’heures de maths par année qu’en Valais, mais les écoliers valaisans sont plus nombreux à maîtriser les bases.

«Grande stabilité»

Fribourg explique son score au-dessus de la moyenne par la «grande stabilité» de son système scolaire et un corps enseignant «consciencieux et motivé». Le Département de l’instruction publique de Bâle-Ville, de son côté, dit ne pas être surpris par ses piètres résultats: «En tant que canton urbain de Suisse, nous avons toujours du mal à nous faire une place dans ces statistiques», souligne le ministre cantonal de la Formation, Conradin Cramer. L’élu PLR ajoute qu’il ne compte pas «prendre des mesures immédiates» irréfléchies, mais prévoit plutôt de promouvoir davantage encore l’apprentissage de la langue: «Seuls ceux qui comprennent un problème de mathématiques ont une chance de le résoudre!»

Ce «PISA suisse» est le premier test auquel l’ensemble des cantons a participé. Développé dans la perspective d’harmoniser l’enseignement obligatoire, il évalue le pourcentage d’élèves ayant atteint le seuil de compétences fondamentales en maths et en langues défini en 2011 par la CDIP dans les objectifs nationaux de formation. Deux enquêtes ont été réalisées auprès de 20 000 élèves, à la fin de la scolarité obligatoire en 2016 pour les maths et à la fin du degré primaire en 2017 pour les langues. Seule la compréhension de l’écrit et de l’oral de la première langue étrangère a été évaluée.


Complément: les enseignants perplexes

Les représentants des enseignants se montrent incrédules face aux résultats en maths des élèves suisses. «Je ne les comprends pas. Nous qui pensions être forts…» admet Bernard Gertsch, président de l’association des directeurs d’école. Il pointe du doigt la méthodologie: les évaluations ont été réalisées sur ordinateur. Le fait de ne pas avoir la possibilité de revenir en arrière une fois une question complétée peut avoir un effet déstabilisant pour des élèves habitués aux épreuves sur papier avec crayon et gomme, estime le Thurgovien. Et d’ajouter que, cette nouvelle enquête nationale n’étant pas aussi connue que PISA, les écoliers n’étaient sans doute pas suffisamment «motivés».

Beat W. Zemp, président de l’association faîtière des enseignants alémaniques, n’est pas moins étonné: «Je suis moi-même prof de maths, je sais que nos élèves ont toujours été forts, c’est une fierté nationale. Quelque chose cloche avec ces tests.» Il prend pourtant au sérieux les grandes disparités entre cantons: «Soleure a 300 heures de maths en moins que Schwytz au programme. Dès lors, il n’est pas étonnant que ses résultats soient moins bons. Il va falloir que les cantons étudient la situation.» Certains songent d’ailleurs déjà à renforcer l’enseignement en maths, souligne Beat W. Zemp: «Contrairement à PISA, cette étude peut avoir un impact local.»

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