« Fin de la formule magique », « Pour une concordance sans l’UDC », « Pour une petite concordance », «Passer au modèle gouvernement /opposition », les titres des chroniques politiques tournent en rond, cet automne.

Sur le constat, tous les observateurs de la vie politique suisse sont d’accord : nous touchons aux limites du système de concordance imaginé en 1959. « La Suisse n’a plus les moyens d’une grande concordance », écrit le socialiste Andreas Gross dans un petit livre qui vient de sortir : « « Au delà de l’automne ».Dans le même ouvrage, le chef de la campagne du PDC, le Zougois Gerhard Pfister, relève qu’avec « l’italianisation » du paysage politique, la fragmentation des partis du centre, « la capacité à créer des majorités dans le cadre de négociations démocratiques s’amenuise davantage encore ».

Sortie du nucléaire, problèmes environnementaux, relations avec nos voisins européens, accélération des crises économiques et financières, la composition actuelle du Conseil fédéral ne permet plus de dégager des majorités stables. L’absence de consensus minimal entre PS et UDC est un danger. Elus, responsables de partis, observateurs de la vie politique l’admettent depuis longtemps.

Mais comment engager les réformes ? L’enlisement des projets lancés dans les années 1990 à l’initiative des radicaux Gilles Petitpierre et René Rhinow, la réticence affichée par le Conseil fédéral pour de microscopiques aménagements, tout cela devrait nous inquiéter sur la capacité du système à se réformer.

On le constate dans les débats qui précèdent le renouvellement du Conseil fédéral : les partis s’accrochent au pouvoir. Tout est bon pour justifier le statu quo. On agite tantôt la concordance mathématique, soit la force électorale des partis, tantôt la concordance thématique, en l’occurrence une répartition du pouvoir entre les trois courants, gauche, centre et droite. Mais, dans le fond, personne n’a vraiment envie de changer tant que le système fait encore semblant de tenir par un fil.

Comment enclencher le mécanisme des réformes ? La Suisse est un pays de réaction et non de révolution. On ne change que sous la pression d’événements extérieurs.

Or il existe un élément qui pourrait remettre la machine des réformes en route . L’initiative de l’UDC pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Elle a bien des défauts : la personnalisation du pouvoir, le risque du populisme, la perte de pouvoir du parlement, la difficulté de prendre en compte le voeu des minorités culturelles ou politiques.

Mais dans ce pays conservateur, elle a un avantage énorme : celui d’ébranler le système de répartition du pouvoir, de nous contraindre à repenser toutes nos institutions, y compris la démocratie directe. Les conséquences d’une élection du gouvernement par le peuple sont incalculables. L’initiative de l’UDC va déstabiliser les institutions suisses. Et c’est ce dont la Suisse a besoin : un peu d’insécurité. Merci à l’UDC, parti révolutionnaire «  à l’insu de son plein gré ».