Le petit intermède musical couronnant l'élection de la nouvelle présidente du Conseil national, Chiara Simoneschi (PDC/TI), n'aura apaisé les esprits qu'en surface. Hier, dix jours avant l'élection complémentaire au Conseil fédéral, un certain malaise était perceptible au parlement, à l'ouverture de la session d'hiver. Cela, surtout du côté du PDC, parti capable de renverser la vapeur le 10 décembre. Mais cette perplexité était aussi palpable dans les rangs socialistes et radicaux.

Faut-il élire Ueli Maurer au gouvernement à la place de Samuel Schmid? Ce n'est pas, en fin de compte, la personne, «clone de Christoph Blocher» pour certains, qui pose problème. Mais davantage la manière d'agir de l'UDC qui dérange, ce faux «double ticket Blocher-Maurer» qui n'offre en réalité pas d'alternative à l'Assemblée fédérale. Or, le temps presse pour élaborer une quelconque stratégie. «La non-réélection de Christoph Blocher, le 12 décembre 2007, avait été précédée, durant des mois, de grandes réflexions politiques théoriques, menées par différents cercles», se rappelle un observateur. Mais les partis, aujourd'hui, se trouvent pris de court avant le 10 décembre. Des discussions informelles ont certes eu lieu depuis des semaines, mais la composition du ticket UDC n'est connue que depuis jeudi dernier.

«Le pire scénario»

A Berne, l'inquiétude grandit. D'abord, celle de voir, à la suite des différentes combinaisons pouvant survenir le jour de l'élection, Christoph Blocher tout de même élu par l'Assemblée fédérale. «Le pire scénario serait de se retrouver avec Luc Recordon (Verts/VD) et Christoph Blocher au troisième tour!» glisse un élu. Si Ueli Maurer joue très bien la carte du consensus depuis ce week-end, certains PDC préviennent néanmoins qu'ils ne l'éliront pas. Mais qui élire? Un démocrate-chrétien, au mépris de la concordance? Un UDC autre qu'Ueli Maurer, par exemple le Zurichois Bruno Zuppiger, provoquant son exclusion du parti?

D'autres craintes sont en réalité plus profondes. «Nous devrions impérativement nous interroger sur les conséquences institutionnelles de ce chantage de l'UDC», note un conseiller national. «Nous devons mener un véritable débat public. Car si un parti peut mettre sous pression toute une assemblée de parlementaires, leur ôtant leurs prérogatives, libre aux autres formations, à l'avenir, de faire de même. Mais en fin de compte, cette réflexion dépasse la seule élection ou non d'Ueli Maurer.»

Officiellement, pour l'heure, les différents partis ne pipent mot. Aujourd'hui, le groupe radical-libéral doit entendre Ueli Maurer. Hier soir, c'était aux PDC latins de faire le tour de la question. En coulisse, les états-majors s'activent. Mais certainement pas du côté du fameux «Groupe 13», dont l'existence a été révélée par la presse alémanique du dimanche.

Selon cette dernière, en effet, un groupe d'élus interpartis - réunissant outre le camp rose-vert, les radicaux Dick Marty et Christa Markwalder, ou encore la PDC Lucrezia Meier-Schatz - s'emploierait à écarter l'élection d'Ueli Maurer. Mais dans la salle des Pas perdus, hier, ces derniers passaient davantage leur temps à remettre les pendules à l'heure. «Toute cette histoire est totalement exagérée!» estimait la Bernoise Christa Markwalder, déplorant que la soi-disant implication de Chiara Simoneschi ait pu porter ombrage à la Tessinoise, boudée par quelques UDC lors de son élection. «Nous nous sommes retrouvés plusieurs fois depuis un an pour aborder le thème de la concordance, poursuit Christa Markwalder. Mais il n'a jamais été question d'Ueli Maurer.» Même son de cloche du côté de la Saint-Galloise Lucrezia Meier-Schatz. Quant au sénateur Dick Marty, il a également remis l'église au milieu du village. Tout en glissant, par ailleurs, sobrement: «Aux Etats-Unis, ils ont pu élire Barack Obama. Et nous, nous avons le choix entre Christoph Blocher et Ueli Maurer. Quelle misère...»