Succession

Elisabeth Schneider-Schneiter, la fille du village qui veut représenter les villes

La conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter, de Bâle-Campagne, brigue la succession de Doris Leuthard au Conseil fédéral. Elle y serait la première représentante protestante du PDC

Ce n’est pas la favorite, mais elle n’en a cure. La conseillère nationale Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL), 54 ans, se voit déjà succéder à Doris Leuthard au Conseil fédéral. S’excusant de son français «fédéral», elle nous reçoit à Bâle pour évoquer sa candidature. La discussion a lieu dans une salle de réunion impersonnelle de la Chambre de commerce des deux Bâles, dont elle est la présidente. N’ayant siégé à Berne que dans la Commission de politique extérieure, elle montre ainsi qu’elle a d’autres cordes à son arc que les affaires étrangères.

«La Chambre de commerce des deux Bâles est la plus importante de Suisse», souligne-t-elle d’emblée. C’est sa première réponse à ceux qui estiment qu’il lui manque une expérience de direction. Par ailleurs, elle ne manque pas de relever qu’après des études de droit, elle a dirigé pendant près de vingt ans l’administration de Therwil, puis de Biel-Benken, deux communes de moyenne importance de Bâle-Campagne. Elle a aussi été cheffe de groupe et présidente du Grand Conseil de Bâle-Campagne.

Une famille formatrice

Dans le cours de la discussion, la candidate ajoute qu’il ne faut pas minimiser l’expérience acquise par le biais de la famille. «Je suis la troisième d’une fratrie de cinq enfants. Nous vivions avec les grands-parents. Il y avait toujours dix à douze personnes à la maison. Cette grande famille m’a habituée à la recherche de compromis et à la construction de ponts. Elle m’a aussi appris la valeur du travail. Mon père était paysan et nous devions tous collaborer aux activités de l’exploitation.»

Consultez notre dossier: Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

La jeune Elisabeth a grandi à Hofstetten, un village soleurois tout proche de Bâle. «Autrefois, il n’y avait guère que deux partis dans le village, le PDC et les libéraux. La tradition voulait que les paysans soient PDC. Pour moi, cette affiliation allait de soi.» Venue du canton de Berne, la famille avait cependant la particularité d’être protestante dans un environnement très catholique. Cela n’a pas constitué d’obstacle par le passé, compte tenu d’un contexte local ouvert à l’œcuménisme. Si elle était élue, la Bâloise serait la première PDC réformée du Conseil fédéral.

Aujourd’hui, elle réside à Biel-Benken, un gros village. Cela ne l’empêche pas de se démarquer des autres candidats en se disant la seule représentante une région urbaine. Elle avait d’ailleurs milité en son temps pour la réunification des deux Bâles afin de renforcer ce pôle urbain. «Le refus de la fusion par les électeurs de Bâle-Campagne, en 2014, a été mon plus grand échec. Mais je crois toujours que l’avenir appartient aux villes. Le succès de Bâle est un modèle pour toute la Suisse.» Soucieuse d’affirmer sa différence, elle souligne qu’elle est aussi la seule candidate à avoir des enfants, à savoir une fille de 18 ans et un garçon de 16 ans. «Je ne veux pas être élue parce que je suis une femme, mais c’est important de montrer aux jeunes femmes qu’il est possible de concilier une carrière politique et une famille. Je suis aussi la seule qui connaisse bien la politique extérieure.»

La politique étrangère d’abord

C’est là sa principale carte visite. Elisabeth Schneider-Schneiter est membre de la Commission de politique extérieure depuis son élection au Conseil national, en 2010. Elle en est aujourd’hui la présidente. A ses yeux, cette spécialisation n’est pas un handicap. «La politique extérieure joue un rôle de plus en plus important dans tous les départements. Elle est aussi essentielle pour la région bâloise, à certains égards plus proche de ses voisins étrangers que de la Suisse centrale.»

Le blocage des négociations avec Bruxelles pour la conclusion d’un accord institutionnel l’inquiète. «On ne peut pas sacrifier les mesures d’accompagnement, mais j’estime que les syndicats ont une position trop rigide. A l’instar du conseiller fédéral Ignazio Cassis, je pense que la digitalisation doit permettre de raccourcir le délai d’annonce des travailleurs détachés, qui est contesté par l’UE.»

Décision le 16 novembre

Sur le plan politique, la Bâloise fait partie de l’aile droite du PDC. Cela fait sourciller la gauche. «Elle n’a pas le gabarit pour être conseillère fédérale», assène un élu socialiste. Le PLR vaudois Laurent Wehrli, qui la côtoie en commission, s’inscrit en faux contre cette vision. «C’est une personnalité expérimentée qui connaît ses dossiers et qui cherche des solutions. Elle n’a pas à rougir de sa candidature.»

Quant à elle, Elisabeth Schneider-Schneiter a fait ses comptes. En raison du profil des autres candidats, elle estime avoir toutes les chances de figurer sur le ticket du PDC, première étape avant l’élection du 5 décembre. Elle note que la conseillère d’Etat uranaise Heidi Z’Graggen est pénalisée par son absence de mandat parlementaire, que la Valaisanne Viola Amherd risque d’entrer en conflit avec le conservateur Gerhard Pfister, le président du parti, et que le conseiller aux Etats zougois Peter Hegglin présente l’inconvénient de venir du même canton que Gerhard Pfister. Le groupe parlementaire déterminera son ticket le 16 novembre.

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