Le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, a surpris tout le monde en annonçant sa démission anticipée pour le printemps prochain. Le socialiste, qui avait toujours dit qu'il s'arrêterait en 2010 à la fin de la législature en cours, abrège d'une année. Le motif avancé suscite l'étonnement. A bientôt 65 ans, il veut consacrer plus de temps à son plus jeune fils de pas encore 16 ans qui a emménagé à nouveau avec lui et sa partenaire depuis un mois et demi. Divorcé depuis plusieurs années, Elmar Ledergerber ne vivait pas avec sa fille et ses deux fils.

Du «Stapi» au «papi»

«Le temps est venu pour moi de m'impliquer davantage dans mes tâches de père. Je l'ai vu cette dernière semaine de vacances, mon emploi du temps de maire ne me permet pas de faire les deux comme je l'aimerais», a-t-il déclaré mercredi aux médias convoqués à la dernière minute. Et de s'empresser de préciser: «Mon fils n'est pas un jeune homme à problèmes. Mais le temps qui passe ne m'épargne pas non plus. Je ne veux plus mettre en vitesse une pizza au four, je veux vraiment faire la cuisine. Je vais passer du «Stapi» au papi.» Ou, pour le dire aussi par une formule, Elmar Ledergerber veut laisser le maire pour le père.

Elu à la présidence de la Ville en 2002 après quatre ans passés à la tête du Département des constructions, Elmar Ledergerber a inauguré un style nouveau de Stapi - diminutif affectueux de Stadtpräsident. Loin de la rondeur paternaliste de certains de ses prédécesseurs, il n'a pas hésité à s'inspirer des techniques du marketing pour porter sa ville et faire de Zurich une marque dont l'aura a été en grandissant sous son règne. Ne vient-il pas d'être sacré deuxième meilleur maire du monde par City Mayors, une organisation à but non lucratif basée à Londres, qui l'a récompensé pour avoir fait de Zurich une «métropole tolérante et ouverte sur le monde»?

Le maire zurichois, en effet, n'a pas ménagé ses efforts pour polir l'image d'une grande ville frémissante à la pointe des tendances les plus avancées. Il ne manque pas une occasion pour mettre en avant les «events» qui caractérisent sa ville: la Street Parade, à côté du meeting d'athlétisme et du nouveau rendez-vous des fous de la glisse, freestyle.ch.

Un fonceur

Son enthousiasme est légendaire. L'homme est un fonceur qui ne s'embarrasse pas des détails. Rien ne peut lui faire plus plaisir que d'être traité de «Macher», celui qui agit. Son amour pour l'action explique peut-être sa retraite prématurée. Après six ans et demi, il semble avoir fait le tour des émotions de maire. Esquissant devant les médias un premier bilan, il a mis en avant son activité de municipal des Constructions: «Faire avancer, réaliser des choses, c'est une phase qui m'a beaucoup plu.» Forçant la concertation entre les divers partenaires, il avait effectivement réussi à mettre fin aux blocages sur l'aménagement de nouveaux quartiers, sur les anciennes friches industrielles du Kreis 5 notamment.

Le maire a aussi fait de la reconnaissance des centres urbains son combat. Il s'est battu inlassablement pour que les villes obtiennent plus de pouvoir face aux cantons et à la Confédération, et aurait bien vu une Suisse à cinq régions organisées autour de ses grandes villes.

Mais, obnubilé par la perception extérieure de sa ville - Zurich figure régulièrement en tête des classements internationaux pour sa qualité de vie -, Elmar Ledergerber peut aussi en faire trop. «Vivre Zurich», le slogan bancal lancé pour décrire le sentiment de grandeur urbaine à l'occasion de l'Euro 08, a mal passé. Ceux qui doivent vivre à Zurich sont parfois las de l'hyperactivité déployée par le maire et ses collègues. Et se vengent par une attitude frileuse envers les grandes réalisations.

Les échecs

Le Hardturm restera une épine dans le cœur du maire. Aveuglé par son optimisme, il n'avait pas compté avec les oppositions des riverains, qui bloquent toujours la réalisation d'un nouveau stade. Et en juin dernier, le peuple a refusé un nouveau centre des congrès à cause d'une architecture jugée trop monumentale.

Son bilan à la tête des Affaires culturelles est mitigé. Il s'est engagé avec succès pour le maintien de l'impertinent Cabaret Voltaire. Mais il n'a pas brillé par sa gestion du Schauspielhaus. Les finances restent précaires, et l'institution ne s'est pas remise du départ du chaotique mais génial Christoph Marthaler.

La démission d'Elmar Ledergerber semble avoir surpris aussi son propre parti. Sa succession va poser quelques problèmes au PS. Pragmatique, le maire jouit d'une popularité bien au-delà de son parti. Certains camarades trouvent même qu'avec les années, il est devenu plus proche des radicaux que de la base socialiste. Il est vrai que la Municipalité rouge-verte, à forte composante radicale, est un collège très homogène. Dans l'immédiat, seule la radicale Kathrin Martelli, à la tête du Département des constructions, a déjà annoncé son intérêt pour reprendre le poste. Les trois autres municipaux socialistes ne sont pas en lice. Le parti n'a donc pas beaucoup de temps pour lancer une nouvelle personnalité d'ici aux élections prévues pour le 8 février.