«Pour ne pas troubler la fête», le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, a renoncé au dernier moment à se rendre à l'inauguration officielle de la nouvelle halle tropicale du Zoo de Zurich, dimanche passé; il ne voulait pas être obligé de croiser le conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Les deux camarades de parti s'opposent en effet comme chien et chat sur les solutions à trouver au conflit avec l'Allemagne sur les approches de l'aéroport de Zurich. Samedi prochain à Zurich, Elmar Ledergerber sera en revanche aux premières lignes de la manifestation de l'Association des riverains du sud de l'aéroport, qui combattent avec l'énergie du désespoir les vols d'approche par le sud, prévus dès cet automne tôt le matin pendant les week-ends et les jours fériés. Le bouillant maire explique les raisons de son engagement.

Le Temps: La croisade du maire de Zurich contre les approches par le sud est-elle une croisade pour les communes de la riche «Goldküste»?

Elmar Ledergerber: Regardez la carte: les quartiers zurichois de Schwamendingen, Oerlikon, Seebach, voilà la région qui va être la plus touchée. Les avions en descente vers l'aéroport la survoleront à une hauteur de 250 mètres au-dessus du sol. C'est moins que la Tour Eiffel. Ce n'est pas un problème de la Goldküste, c'est le problème de Zurich-Nord, où habitent plus de 80 000 personnes.

– En participant au mouvement de protestation contre les approches par le sud, ne contribuez-vous pas à verser de l'huile sur le feu?

– Cela brûle déjà! Ma tâche de maire est de montrer à ces gens que nous ne les laissons pas seuls. Ce que l'Allemagne réclame ne tient pas juridiquement. Cela contredit les accords bilatéraux et l'accord de Chicago (accord aérien international de 1944, ndlr). Nous devons trouver une voie avec l'Allemagne pour arriver à un allégement, mais pas de cette manière. Cela ne sert à personne de risquer la ruine de Unique ou de Swiss.

– La frontière entre la Suisse et l'Allemagne n'en demeure pas moins, et l'Allemagne fait usage de son droit…

–… disons plutôt de son pouvoir…

–… en édictant des restrictions de survol de son territoire. Zurich ne peut pas l'ignorer.

– Nous ne sommes pas prêts à payer la casse pour les résultats d'une mauvaise négociation avec l'Allemagne. On veut sacrifier Zurich sur l'autel des intérêts allemands. Nous sommes prêts, en revanche, à tout entreprendre pour une solution raisonnable. Mais imposer des atterrissages par le sud, qui déchargent 200 personnes dans la Forêt-Noire allemande, mais imposent des nuisances supplémentaires importantes à plusieurs dizaines de milliers de personnes, c'est stupide. Renverser d'un demi-tour l'orientation de l'aéroport de Zurich va entraîner des demandes de dédommagement de l'ordre d'une dizaine de milliards de francs. Je ne comprends pas que le Conseil fédéral ait pu accepter une solution lourde de telles conséquences pour résoudre un miniproblème!

– Parler de miniproblème est plutôt de nature à provoquer l'Allemagne…

– Tout le monde a toujours plein de compréhension pour l'Allemagne, mais jamais pour la Suisse, et encore moins pour Zurich. C'est bien helvétique, cette manière de se présenter, pleine de complexes d'infériorité. Les avions qui ne peuvent plus survoler l'Allemagne entre 6 et 9 heures du matin pourraient atterrir sans autre à Stuttgart ou à Munich. Cela ne va pas: il n'y a aucune justification rationnelle à ces mesures.

– Encore une fois, la frontière allemande passe à proximité de l'aéroport, la Suisse n'est pas dans l'Union européenne: Zurich dépend du bon vouloir de l'Allemagne.

– Oui, c'est une des conséquences d'être à l'écart de l'Espace européen ou même de l'Union européenne. Mais si l'on nous force à revoir tout le système d'approche, nous devrons en venir à l'approche coudée par le nord (nouvelle route qui longerait le Rhin du côté de la frontière suisse, ndlr). Et les communes allemandes devront supporter alors bien plus de bruit.

– Est-ce une menace?

– Non, cela montre seulement que l'approche coudée par le nord ne peut pas être une solution, ou alors seulement une solution de secours.

– Qu'avez-vous à offrir aux Allemands?

– Rien, hélas! Nous ne participons pas au jeu, nous devons seulement en supporter les conséquences. Mais l'on pourrait essayer de varier les approches par le nord, de manière à créer un tournus: une région serait épargnée par le bruit un jour sur deux ou sur trois. Et l'on doit revoir la question du dédommagement pour le bruit, aussi au nord du canton de Zurich. Il faut aussi que la société Unique retrouve la confiance de la population. Elle pourrait par exemple déclarer un plafonnement des vols, par exemple 320 000 par année, et s'engager à réduire les nuisances sonores chaque année.

– Zurich ne devrait-elle pas se décider si elle veut donner la priorité à un aéroport qui peut encore croître ou à la protection des intérêts de sa population?

– Nous devons faire les deux. Nous devons nous engager pour notre population. Aucune ville au monde n'accepterait que son aéroport doive réorienter complètement son système de pistes et que les avions survolent les zones les plus peuplées. Mais l'aéroport reste l'infrastructure numéro un du canton: sans lui, nous aurions un taux de chômage de 10%, ici. Cela est d'autant plus important que nous trouvions une solution avec l'Allemagne. Mais je dois dire qu'avec le temps, le désespoir fait place à l'inquiétude!