On avait dit de lui qu'il n'était pas un tribun, qu'il dégageait un je-ne-sais-quoi de distant, que ses méthodes florentines lui valaient des inimitiés farouches, que ses méandres idéologiques en déconcertaient plus d'un, que sa latinité et son europhilie tachaient son curriculum vitae, que son manque de relais dans les milieux économiques l'affaiblissait. C'est pourtant lui, Fulvio Pelli, l'avocat luganais de 54 ans, que la nette majorité des quelque 400 délégués venus à Berne samedi ont choisi pour diriger le Parti radical suisse et succéder à Rolf Schweiger, parti pour raisons de santé. Par 228 voix contre 150 à son adversaire Georges Theiler, défait pour la deuxième fois en moins d'un an, les radicaux ont élu à leur tête le chef de leur groupe aux Chambres fédérales, l'ancien président du seul parti cantonal aux résultats positifs sur la dernière décennie, et surtout le seul des deux candidats à proposer un vrai discours politique. Son propos: régénérer le PRD pour réformer la Suisse, car seuls les radicaux peuvent insuffler au pays empêtré dans les conservatismes les solutions modernes qui lui redonneront dynamisme et croissance.

Malgré la netteté assez surprenante du score, Fulvio Pelli n'a pas la partie gagnée. Le scepticisme dont il est l'objet en Suisse centrale et orientale n'est pas retombé. L'âpreté du débat qui a précédé le vote a montré que plusieurs poids lourds du parti estiment encore qu'un président alémanique, plus marqué à droite et plus proche des milieux économiques, était une condition sine qua non pour redresser la situation. Une opposition idéologico-régionaliste qui a occasionné quelques invectives peu

chevaleresques. Répondant au conseiller aux Etats argovien Thomas Pfisterer, qui avertit les Romands que «le deuxième siège radical au Conseil fédéral n'[était] pas garanti», et que sa sauvegarde se jouait dans les troquets alémaniques, son collègue tessinois Dick Marty a lancé, cinglant: «Je suis surpris de ces gens qui donnent des leçons alors qu'ils perdent élections sur élections.»

Une analyse fine et complète

Présidente ad interim, la conseillère nationale appenzelloise Marianne Kleiner a elle-même joué un rôle étrange: à peine avait-elle appelé à l'unité du parti, quel que soit le vainqueur, qu'elle manœuvrait pour donner officiellement la parole aux Femmes radicales et aux Jeunes radicaux, deux groupes favorables à Georges Theiler. Fulvio Pelli s'en souviendra, lui qui, dans une allusion très applaudie au «dissident» Filippo Leutenegger, a condamné les «philippiques».

Georges Theiler a tenté de convaincre les indécis par le punch de ses slogans, un programme d'action en cinq points, le tout assorti de métaphores sportives. Autant dire une catastrophe face à l'analyse fine et complète du Tessinois, dont le postulat repose sur la défense de «la marque PRD» à travers l'innovation et la marche en avant, plutôt que la défense des acquis, la surréglementation et «la médiocrité». En insistant habilement sur le positionnement à droite du centre qui caractérise le PRD, au nom des valeurs libérales dont il doit être le porte-drapeau, en proclamant sa fidélité à l'orthodoxie de l'assainissement des finances publiques, Fulvio Pelli a cherché à gommer l'image centriste qui lui colle aux basques.

Elu, il renoncera à la plupart de ses 26 mandats de conseils d'administration pour battre la campagne, unifier le parti dans les cantons, empêcher les brèches d'enrayer son projet. Et nommer une équipe de choc pour l'entourer. «Elle est prête, confirme un homme du sérail. Le Zurichois Felix Gutzwiller comme chef de groupe, le Neuchâtelois Didier Burkhalter pour le seconder.» La longue valse des présidents radicaux et quatre ans de déprime ont pris fin samedi, promet Fulvio Pelli: «Le Parti radical doit travailler davantage.»