Il y a le #notokay des Américaines et le #Aufschrei des Allemandes, ce mot-clé qui rassemble, sur Twitter, des vagues des témoignages de femmes confrontées à des agressions sexistes. Les Suisses (alémaniques) ont désormais leur #schweizeraufschrei. S’il est loin de récolter la même déferlante de réactions qu’aux Etats-Unis, il compte aussi son lot d’histoires en 140 caractères, anecdotes de sexisme ordinaire au travail ou dans la rue, récits de harcèlement sexuel, de mains aux fesses, machisme ou remarques dégradantes.

Florilège: «Quand on t’agrippe entre les jambes dans les escaliers d’un club.» «Quand ton chef te demande de porter une jupe plus courte et un plus grand décolleté.» «Quand un homme te regarde dans le train et commence à se frotter la queue.» «Quand un type à la gare te suit, s’arrête quand tu t’arrêtes, puis soudain te touche.» «Quand tu repousses un homme et qu’il te demande si tu es lesbienne.»

Plusieurs femmes politiques de gauche y vont de leurs témoignages: la conseillère nationale socialiste Mattea Meyer évoque la fois où des collègues politiques lui demandent «à quand la publication de sa photo nue». La députée zurichoise Min Li Marti épingle elle aussi une remarque d’un politicien, qui lui suggère, face à un «thème compliqué», de «demander à son mari de lui expliquer». Tamara Funiciello, présidente des Jeunes socialistes, rapporte qu’on lui a souhaité «un viol en réunion» pour lui montrer «d’où elle vient».

Aux Etats-Unis, l’action #notokay a été lancée par une blogueuse de Los Angeles en réaction aux révélations des propos dégradants tenus par le candidat républicain Donald Trump, en 2005 et rendus publics par le «Washington post». L’homme d’affaires se vantait de pouvoir «faire n’importe quoi» avec les femmes grâce à sa notoriété. En Allemagne, la jeune féministe Anne Wizorek avait déclenché en 2013 un débat sur la culture du viol, sous le slogan #aufschrei (que l’on peut traduire par cri).

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En Suisse, ce sont les propos de la conseillère nationale bernoise Andrea Geissbühler qui ont déclenché la colère des féministes. L’élue UDC et ancienne policière, interrogée par TeleBärn sur la légèreté des peines pour viol, a déclaré la semaine dernière que les «femmes naïves» portent une responsabilité lorsqu’elles «amènent à la maison des inconnus, se laissent aller pour décider finalement qu’elles ne veulent pas de rapport sexuel».

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Le Hashtag #schweizeraufschrei est relayé sur Twitter par le groupe zurichois Aktivistin.ch, adepte d’actions choc. Il y a une dizaine de jours à Zurich, elles avaient déversé du colorant dans une dizaine de fontaines de la ville pour protester contre la TVA de 8% sur les tampons et serviettes hygiéniques.