«Il était grand temps que le gouvernement genevois intervienne», estime le PDC thurgovien Philipp Stähelin, à l’instar de nombreux parlementaires. Le fait que Genève admette sa responsabilité dans l’indiscrétion sur les photos d’Hannibal Kadhafi, et propose à la justice d’indemniser ce dernier, a été très remarqué à Berne. «Laisser à un tribunal le soin de fixer le dédommagement me paraît juste», commente la libérale-radicale Genevoise Martine Brunschwig Graf. «D’ailleurs, c’est le pendant du procès en Libye», ou, selon Tripoli, la justice travaille elle aussi en toute indépendance…

Désormais, poursuit le libéral Christian Lüscher, «nous attendons un geste de la justice genevoise. Je rappelle que pour l’affaire de la BCG (ndlr: Banque cantonale de Genève), on avait réussi, en un temps record, à ouvrir une instruction pénale et à nommer quatre juges d’instruction à plein-temps pour enquêter sur ce dossier. Genève aurait d’ailleurs dû faire la même chose pour montrer que l’affaire des photos était prise au sérieux.» Enfin, ajoute Christian Lüscher, «La Tribune de Genève doit maintenant prendre conscience du caractère particulièrement maladroit, pour ne pas dire plus, de la publication des photos.»

Le socialiste Carlo Sommaruga pointe lui aussi la responsabilité du quotidien. «Ces photos n’apportaient aucune info supplémentaire, il était inacceptable de les publier, et la Tribune de Genève doit le reconnaître.» En ce sens, souligne le député, «le canton de Genève traite d’ailleurs Hannibal Kadhafi comme tout citoyen» qui a droit au respect de sa vie privée.

Pour les élus, le geste du gouvernement genevois est le signe «que les choses s’accélèrent», glisse l’un d’eux. «Tout peut aller très vite, en l’espace de quelques jours, même.» Enfin, en théorie, puisqu’un dénouement proche de la crise entre Berne et Tripoli a déjà été évoqué à plusieurs reprises. Mais le fait «que le Conseil d’Etat genevois se taise est un bon signe», analyse un parlementaire.

Pourquoi cette accélération? Tripoli, entend-on, n’a pas forcément intérêt à garder Max Göldi seul dans une geôle libyenne. «Cela n’arrange pas son prestige.» Et du côté Suisse, savoir l’otage isolé et en mauvaise santé, selon les dires de son avocat et d’Amnesty International, a également précipité les choses. Enfin la date butoir du 5 avril fixée par l’Italie aurait également pu jouer un rôle à Berne. «Encore que là, la Suisse peut négocier», renchérit un député, insistant par ailleurs «sur la grande dépendance de Rome vis-à-vis de Tripoli, qui s’explique notamment par le rôle de passoire exercé par la Libye pour freiner l’immigration en Italie.»

Berne a-t-elle été contrainte d’exercer des pressions sur Genève, pour que le canton fasse un pas de plus? Sans doute, estiment les élus. Les proches du dossier précisent que le renouvellement de gouvernement, suite aux élections genevoises, a certainement joué un rôle. L’ex-conseiller d’Etat Laurent Moutinot favorisait-il le blocage? Les règlements de compte n’interviendront qu’après le dénouement de la crise.

Reste que selon certains députés, des pressions auraient été exercées sur la cheffe des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey elle-même. Ancienne ministre genevoise, la socialiste aurait, entend-on, été priée de davantage insister auprès de «son» canton en faveur d’un dénouement de la crise.