Le groupe parlementaire démocrate-chrétien est-il menacé de scission? Non, répond son président Jean-Philippe Maitre. Il avoue cependant avoir eu des doutes il y a quelques semaines, car le projet de constitution d'une sous-entité de tendance conservatrice au sein du groupe parlementaire coïncidait avec la campagne sur l'initiative «Oui à l'Europe!» (Le Temps du 13 février). Celle-ci génère en effet de profondes divisions au sein du PDC. A mi-janvier, le parti suisse a décidé de recommander son acceptation. Cette prise de position a été suivie d'une avalanche de recommandations contraires faites par les partis cantonaux. Si sept sections cantonales du PDC soutiennent l'initiative, dix-sept s'y opposent.

Ce sous-groupe a été formellement constitué vendredi à Berne. Après avoir pris connaissance des motivations qui sous-tendent cette démarche, Jean-Philippe Maitre s'est dit soulagé et a écarté tout risque de scission. Il est vrai que ce sont les membres les plus conservateurs de la députation démocrate-chrétienne qui ont engendré ce sous-groupe. On y trouve par exemple l'ancien président du parti Carlo Schmid, le sénateur antieuropéen Bruno Frick ou le vice-président de l'Union suisse des arts et métiers (USAM) Hans Werner Widrig. «Mais j'ai acquis la conviction qu'ils n'ont d'autre volonté que d'offrir un forum plus structuré pour défendre certaines valeurs. Ils ne cherchent pas à polariser le parti», analyse le Genevois.

En position d'attente

Ce sous-groupe prend le nom de «Valeurs et société». Il est pour l'heure composé de 15 membres (sur les 50 que compte le groupe parlementaire), dont la Fribourgeoise Thérèse Meyer, seule représentante romande. Sa présence dans ce sous-groupe démontre que celui-ci n'a pas été créé en réaction à la prise de position du PDC suisse sur «Oui à l'Europe!», car la députée d'Estavayer-le-Lac est membre du comité national favorable à l'initiative.

Parmi les valeurs qu'il souhaite débattre, il y a en premier lieu des questions sociales sensibles telles que l'avortement, l'euthanasie ou l'assistance au décès. Mais il veut aussi parler de thèmes économiques et la décision a été prise de fusionner «Valeurs et société» avec un forum déjà existant, en l'occurrence celui qui traite du commerce, de l'artisanat et de l'industrie. Il est aussi envisagé d'intégrer le sous-groupe qui a la charge des questions agricoles.

A terme, cette sous-entité pourrait comprendre jusqu'à 25, voire 30 parlementaires, ce qui en ferait une force considérable au sein du PDC. Pour l'heure, ni Adalbert Durrer ni Jean-Philippe Maitre n'en font partie. Le Genevois fait cependant remarquer qu'il était à la fois membre des deux sous-groupes économique et agricole. Il estime donc légitime d'envisager son éventuelle adhésion à «Valeurs et société». «Comme président du groupe parlementaire, je n'y avais pas ma place tant que les choses n'étaient pas claires. Maintenant qu'il est établi que ce sous-groupe n'a pas pour objectif de repositionner le parti, je pourrai sans doute l'intégrer dès lors que les autres n'existent plus», explique-t-il.

Comme d'autres députés romands, il se place pour l'instant en position d'attente. Car certains admettent en coulisses que l'on ne sait pas grand-chose de plus de «Valeurs et société» que les déclarations apaisantes faites par ceux qui l'ont constitué. Cette sous-formation vivra sans doute un premier test avec le référendum sur l'avortement. On y verra donc un peu plus clair dans quelques semaines.