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Le montant de l’aide sociale doit couvrir toutes les dépenses, hormis le loyer et les frais de santé.
© Christof Schuerpf/KEYSTONE

Suisse alémanique

Des élus UDC veulent arrimer l’aide sociale aux impôts

Un groupe d’élus communaux et cantonaux de la droite conservatrice planche depuis plusieurs années sur les moyens de réduire les coûts de l’aide sociale

Peter Riebli, maire de la commune de Buckten et député UDC, s’est mis en tête de réduire les coûts de l’aide sociale dans son canton, Bâle-Campagne. En mai, il a obtenu une première victoire, lorsque le parlement cantonal a approuvé sa motion réclamant des coupes jusqu’à 30% dans les forfaits d’entretien. Puis il a émis cette nouvelle idée, sous forme de postulat: lier le montant de l’aide aux impôts payés.

Ainsi, jeunes et migrants recevraient moins que les personnes établies de longue date. Dans son village de 697 personnes, il dénombre 18 bénéficiaires (2,6%, contre 3,3% au niveau national). Ce qui ne le retient pas de mener une campagne sans relâche: «Ce n’est pas normal qu’un homme de 55 ans qui tombe à l’aide sociale après avoir travaillé toute sa vie reçoive autant qu’un jeune de 25 ans qui n’a jamais contribué au pot commun», dit-il.

Un cercle d’influence zurichois

Avec ce moto, le Bâlois fait des émules hors des frontières cantonales. Ses propositions inspirent un cercle d’élus cantonaux et communaux réunis autour de quelques figures zurichoises de l’UDC dont le très conservateur Hans-Ulrich Schlüer, comme le raconte le Tages-Anzeiger. La conseillère nationale UDC zurichoise Barbara Steinemann affirme avoir lancé il y a plusieurs années déjà ce groupe nommé «Arbeitsgruppe Sozialhilfe», qui réunit quelque 25 personnes trois fois par an autour du même but: réduire les montants de l’aide sociale.

Différencier entre les bénéficiaires semble être la nouvelle formule à mettre en avant pour arriver à leurs fins: «Une famille de migrants érythréens qui vient d’arriver en Suisse ne devrait pas avoir droit au même montant qu’un Italien de 60 ans qui a travaillé ici durant quarante ans», estime la Zurichoise, qui compte déposer prochainement une intervention dans ce sens à Berne.

«L’industrie de l’aide sociale»

Mais ce cercle de droite mise avant tout sur des offensives dans les parlements cantonaux. Il y a parmi eux le conseiller d’Etat bernois UDC Pierre Alain Schnegg, à l’origine dans son canton d’une révision de la loi sur l’aide sociale permettant des coupes dans les forfaits jusqu’à 30%. La députée Martina Bircher, auteure de plusieurs interventions au parlement argovien pour mettre fin à «l’industrie de l’aide sociale».

Ou encore la présidente du village de Hagenbuch (ZH) Therese Schläpfer. En 2014, sa commune faisait les gros titres du Blick: elle avait vu ses comptes grevés par l’arrivée d’une famille de réfugiés avec sept enfants, au point qu’elle avait décidé d’augmenter les impôts. Même si dans le cas précis, l’accompagnement pédagogique prescrit par le service de l’enfance était en cause dans la lourde facture communale, la polémique continue d’alimenter la rhétorique contre l’aide sociale.

Un débat légitime

L’idée d’arrimer le montant des prestations aux contributions versées tout au long de sa vie par un individu suscite de vives critiques, parmi les professionnels. «C’est une mauvaise idée», estime le professeur en politique sociale à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Giuliano Bonoli.

Ce serait confondre le rôle d’une assurance avec celui de l’aide sociale, destinée justement à couvrir ce qui n’est pas pris en compte par le chômage ou l’AVS, poursuit le spécialiste: «Le débat sur les coûts de l’aide sociale est légitime, il y a une réflexion à mener pour améliorer la réinsertion professionnelle. En revanche, distinguer entre pauvre méritant et non méritant relève surtout d’une stratégie politique de l’UDC.»

Impossible de raboter ce montant sans enfreindre le droit à une existence digne, inscrit dans la Constitution

Felix Wolffers, coprésident de la CSIAS et directeur du Service social de la ville de Berne

La CSIAS (Conférence suisse des institutions d’action sociale), qui compte parmi ses membres l’ensemble des cantons et de nombreuses communes, estime le minimum nécessaire à 986 francs par mois pour une personne seule et jusqu’à 2386 pour un ménage de cinq personnes. Ce montant doit couvrir toutes les dépenses, hormis le loyer et les frais de santé. «Vouloir le faire varier en fonction des bénéficiaires n’a pas de sens, car il est déterminé en fonction des frais de la vie, qui sont les mêmes pour chacun», affirme Felix Wolffers, coprésident de la CSIAS et directeur du Service social de la ville de Berne.

Selon le Bernois, «impossible de raboter ce montant sans enfreindre le droit à une existence digne, inscrit dans la Constitution. L’aide sociale coûte 2,7 milliards pour 270 000 personnes en Suisse (3,3%), soit 1,6% des frais totaux pour la sécurité sociale. En matière d’efficacité, on peut difficilement mieux faire.»

Vingt-trois cantons ont décidé de suivre les recommandations de la CSIAS, qui visent à harmoniser les pratiques cantonales. Les salves répétées de la droite alémanique contre les montants des prestations ont aussi pour objectif de réduire l’influence de cette institution, et donner aux communes davantage d’autonomie en matière d’aide sociale.

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