Opinion

Emilia Pasquier: «Donald Trump sera-t-il surtout dans le show off comme le fut Silvio Berlusconi?»

Pour la directrice du Foraus, think tank suisse de politique étrangère, le mot-clé du moment, c’est l'«insécurité». «Donald Trump fera-t-il réellement quelque chose?» s’interroge la chercheuse, pour qui cette élection marque un «jour noir»

«Jour noir pour la politique étrangère, la diplomatie, l’Etat de droit, les minorités et les femmes.» Voilà le tweet qu’Emilia Pasquier, directrice du Foraus, le think tank suisse de politique étrangère, a envoyé sur le réseau social à l’annonce de l’élection de Donald Trump, à laquelle «elle ne s’attendait pas» et qui ouvre une période dont le mot-clé sera «l’insécurité».

Donnant-donnant

«Donald Trump est tellement imprévisible qu’on ne sait pas ce qu’il peut se passer maintenant», estime-t-elle. «La politique étrangère sera-t-elle isolationniste ou interventionniste? On a entendu tellement de choses…» Emilia Pasquier imagine plutôt une politique dite de transactions, basée sur le donnant-donnant et une vision à court terme des dossiers. «Comme Donald Trump est plutôt orienté business, on peut imaginer une politique étrangère qui attende des retours rapides sur investissement et ne mise plus sur des pactes ou des organisations, comme l’OTAN, qui poursuivent des objectifs à long terme».

«Mais le républicain fera-t-il réellement quelque chose? s’interroge Emilia Pasquier. Ou sera-t-il surtout dans le show off comme le fut Silvio Berlusconi? Dans ce cas, ce seront plutôt ses conseillers conservateurs qui mèneront la politique étrangère.»

S’agissant des relations avec la Suisse, le même mot-clé de «l’insécurité» s’applique: «Nous avons entendu des échos relativement favorables, notamment de la part de milieux bancaires qui pensaient notamment à la politique fiscale. En revanche, dans la Genève internationale et la diplomatie multilatérale, de grandes inquiétudes s’expriment.» En tout cas, la diplomatie suisse va devoir recréer des canaux de communication.

Année de rupture

Pour les chercheurs du Foraus, l’année politique constitue un défi en termes d’analyse: «Comme on a déjà pu le constater avec le Brexit, 2016 est une année de rupture. Un besoin de rompre avec le passé s’exprime dans les urnes, il s’agit de mieux comprendre pourquoi entre les différentes explications déjà avancées, celle des perdants de la mondialisation, de l’impact d’un monde interconnecté et des changements profonds induits par les nouveaux moyens de communication, comme Twitter, qui changent complètement la manière dont les électeurs consomment l’information et forment leur opinion».

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