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Emilia Pasquier, de Foraus: «Pourquoi je ne suis pas au PLR»

La directrice du laboratoire d’idées Foraus, qui a travaillé au siège suisse du PLR et partage ses valeurs, aurait dû logiquement adhérer à ce parti

La démission de Didier Burkhalter et la désignation d’Ignazio Cassis comme «successeur naturel» a brutalement rappelé aux femmes du PLR qu’elles attendent de retrouver un siège au Conseil fédéral depuis vingt-huit ans. Et qu’elles risquent fort de devoir patienter encore malgré la candidature d’Isabelle Moret. Le PLR fait-il tout pour les intégrer et leur confier des responsabilités? La trajectoire d’Emilia Pasquier pose cette question.

Libérale dans l’âme au point d’avoir effectué un stage de trois mois au PLR suisse, cette Gruérienne de 30 ans a renoncé à adhérer au parti, préférant travailler au sein du laboratoire d’idées Foraus à Zurich, dont elle est aujourd’hui la directrice. Interview.

Le Temps: A l’âge de 22 ans, vous avez fait un stage de trois mois au siège suisse du PLR à Berne. Pourquoi n’êtes-vous pas membre de ce parti?

Emilia Pasquier: Je me rappelle très bien ce stage que j’ai commencé le 12 juin 2009, jour qu’a choisi Pascal Couchepin pour présenter sa démission du Conseil fédéral. J’ai participé à la campagne de la hausse de la TVA pour renflouer les caisses de l’AI. J’ai aussi suivi de près le bal des prétendants à sa succession. J’ai pris beaucoup de plaisir lors de ce stage, qui m’a fait découvrir les coulisses de la communication politique.

- Pour quelles raisons alors ne vous êtes-vous pas engagée au PLR?

- J’ai d’abord voulu terminer mes études. Ensuite, Philipp Müller est devenu président du parti en 2012 alors que je travaillais beaucoup sur les questions de politique étrangère et de migration. Or, c’est justement lui qui avait proposé de limiter la proportion d’étrangers en Suisse à 18%.

Il m’a rapidement semblé incompatible de m’engager pour ce parti dont la rhétorique s’est encore durcie plus tard. Le PLR compte même dans ses rangs des politiciens qui rejettent l’accord sur la libre circulation des personnes. Ce glissement à droite n’est pas très constructif.

- Partagez-vous les valeurs de ce parti et avez-vous voté pour lui aux dernières élections fédérales en 2015?

- Bien sûr, le PLR doit composer avec des positions assez larges. Mais personnellement, je me sens proche d’un PLR engagé pour des valeurs de liberté, de modernité et d’ouverture. En tant que créateur de l’Etat moderne de 1848, ce parti s’est longtemps positionné sur ces valeurs. Les notions humanistes et sociales qui doivent faire partie de tout grand projet politique ne sont plus portées avec autant d’enthousiasme dans tous les cantons.

Comme de nombreux citoyens, je panache beaucoup avant de voter et hésite de plus en plus à mettre un nom de parti sur ma liste. C’est dommage, car la répartition des sièges dépend justement de l’en-tête de la liste. Je ne suis pas la seule dans cette situation et je pense que beaucoup d’électeurs se reconnaîtraient dans ces valeurs à la fois libérales et humanistes.

- Quelles sont les personnalités du PLR dont vous vous êtes sentie proche?

- En matière de politique étrangère, j’admire la grande figure qu’était Max Petitpierre. Ce dernier s’est beaucoup engagé pour la création de la Genève internationale et le renforcement des liens entre la Suisse et l’ONU. Ces quinze dernières années, je me suis sentie proche de personnalités comme Dick Marty et Martine Brunschwig Graf.

- Qu’attendez-vous du PLR sur le plan de la politique extérieure et de l’immigration?

- Le PLR se positionne officiellement en faveur de la voie bilatérale tout en tenant un discours relativement hostile au développement de l’accord institutionnel avec l’Union européenne. Cette schizophrénie l’empêche de développer une véritable vision pour une Suisse débouchant sur des solutions constructives et coopérant avec l’UE afin de défendre ses propres intérêts. Sur le plan de la migration, le PLR a été critiqué par les grandes associations économiques pour son manque de libéralisme.

- Dans le canton de Berne, certains PLR n’ont pas voulu désigner Christian Wasserfallen comme candidat au Conseil d’Etat pour empêcher Claudine Esseiva de lui succéder au Conseil national. Inquiétant?

- Je déplore la manière dont l’aile progressiste du PLR est écartée des postes à responsabilité. Lors des élections fédérales de 2015, Claudine Esseiva est arrivée première des «viennent-ensuite» sur la liste du Conseil national à Berne. C’est dire que les citoyens lui ont fait confiance.

En faisant indirectement obstacle à son entrée au Conseil national, le PLR bernois nie ce verdict démocratique. Ce n’est pas complètement un hasard si cette situation touche une femme. Le combat pour l’égalité rejoint souvent celui pour une politique progressiste.

- Dans la course à la succession de Didier Burkhalter, faut-il favoriser un Tessinois ou une femme?

- Les Tessinois ont raté une bonne occasion de présenter à l’Assemblée fédérale un ticket mixte avec Ignazio Cassis et Laura Sadis.

- A Foraus, vous pouvez lancer des idées, mais pas les défendre au parlement. Ne le regrettez-vous pas?

- L’objectif d’un think tank est de développer de nouvelles idées et non de faire du lobbyisme. A Foraus, nous mettons ensuite ces idées à disposition des acteurs politiques afin de faire avancer le débat de manière constructive.

J’observe cependant que de nombreux citoyens s’engagent en dehors des partis traditionnels, comme le montre l’apparition du mouvement «Opération Libero». Ils veulent faire de la politique, mais autrement. Ce phénomène n’est pas anodin. C’est un signal fort qui doit inciter les partis à se réinventer pour intégrer ces talents.

Dossier
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