L'émission avait froissé plusieurs sensibilités mais elle n'a pas violé la loi sur les programmes, a estimé l'Autorité indépendante d'examen des plaintes (AIEP). En octobre 2006, au lendemain de la deuxième guerre au Liban, une équipe de Temps Présent s'est rendue au Sud-Liban pour y mesurer la popularité du Hezbollah, qu'on disait renforcée par le conflit. Elle l'a fait en compagnie de Soha Bechara, figure de la lutte nationale au Liban qui l'a introduite dans les cercles favorables au Hezbollah.

En novembre 1988, pendant l'occupation israélienne, Soha Bechara a tenté d'assassiner Antoine Lahad, chef de l'armée du Sud-Liban, milice alliée à Tsahal. Elle a passé dix ans dans la prison de Khiam, où elle a noué des liens avec de nombreux détenus du Hezbollah dont elle a contribué à faire connaître les conditions de détention. Mais elle n'a pas partie liée avec le «parti de Dieu».

Dénoncer les dangers de l'islam

Cette démarche a choqué 26 plaignants réunis autour d'Alain Jean-Mairet, animateur d'un site voué à dénoncer les dangers de l'islam. Ils reprochaient à Temps Présent d'avoir présenté la situation au Liban et le rôle d'Israël de façon unilatérale et d'avoir escamoté le caractère terroriste et antisémite du Hezbollah.

C'est à l'unanimité que l'AIEP a rejeté ces griefs. Si certains de ses membres ont déploré la part trop congrue faite selon eux aux critiques du Hezbollah, tous se sont accordés sur deux points.

Le public, d'abord, n'a pas été trompé. L'introduction et l'exposé de l'émission désignaient clairement son but: un reportage à l'intérieur d'un des camps. En outre, au sortir de la guerre, il n'était en manque ni d'images ni d'informations sur le contexte général de cette guerre. Les informations essentielles sur le rôle et l'activité du Hezbollah, par ailleurs, étaient données.

Le choix de présenter cet aspect des choses, ensuite, relevait de la liberté rédactionnelle de l'équipe de Temps Présent. Il y avait d'ailleurs un intérêt public à mettre en évidence et à faire comprendre les liens du Hezbollah avec la population du Sud-Liban.

Soha Bechara, qui vit en Suisse et a assisté à la délibération, a de son côté déposé une plainte pénale pour calomnie contre Alain Jean-Mairet, qui l'a traitée de terroriste. Cette plainte a été classée par le procureur général de Genève, Daniel Zappelli, un classement qui fait actuellement l'objet d'un recours.