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Emmanuel Reynard, professeur de géographie physique à l’Université de Lausanne.

Catastrophe

Emmanuel Reynard: «La débâcle du Giétro a contribué au développement de la glaciologie»

Le val de Bagnes célèbre ce week-end le bicentenaire de la catastrophe du Giétro, qui a coûté la vie à 36 personnes. De ce drame découleront la théorie glaciaire et la glaciologie. Explications avec Emmanuel Reynard, professeur de géographie physique à l’Université de Lausanne

Le Temps: Quel rôle a joué la débâcle glaciaire du Giétro dans le développement de la glaciologie?

Emmanuel Reynard: En 1818, le contexte est triplement favorable à la préparation de la théorie glaciaire. A cette époque, nous vivons les dernières décennies du Petit Age glaciaire, une période relativement froide qui permet aux glaciers d’avancer. Le développement du tourisme permet, en parallèle, un changement de perception de la montagne. Elle n’est plus source de craintes mais d’attrait. Enfin, c’est à cette période que les scientifiques se rendent compte de l’importance de se rendre sur le terrain. Tout cela offre un terreau de base au développement de la théorie glaciaire. La débâcle du Giétro va jouer un rôle d’accélérateur dans ce processus. Les scientifiques, qui vont se rendre sur place, se retrouvent en contact avec des habitants de la région, comme Jean-Pierre Perraudin. Ce paysan de Lourtier, qui pratique la montagne au quotidien, suggère notamment que les glaciers ont été plus grands par le passé et que ce sont eux qui ont déplacé les blocs erratiques et non pas les cours d’eau. Cette mise en contact de deux approches d’un même phénomène contribue au développement de la glaciologie et fait du val de Bagnes l'un des hauts lieux des prémices de cette science.

Lire aussi: Le glacier qui terrorisait le Valais est à l’agonie

Que conserve-t-on aujourd’hui de ces prémices de la glaciologie?

Tout d’abord l’importance de l’observation, des travaux de terrain. Cette approche, qui se fait actuellement au moyen d’autres outils que le seul œil humain, est centrale et pas seulement en glaciologie. La débâcle du Giétro a également permis de réaliser de nombreuses avancées en termes de protection contre les dangers naturels et de gestion des risques. Certaines des pratiques mises en place à l’époque se retrouvent aujourd’hui encore au cœur de la politique de gestion des risques en Suisse. La catastrophe de 1818 a également mis au jour le lien étroit entre le climat et les glaciers. Il n'est, par exemple, pas toujours facile pour le grand public de comprendre que le réchauffement climatique est déjà d’actualité, mais que ses répercussions ne seront réellement perceptibles qu’à moyen terme. Les glaciers nous sont donc d’une grande aide. Ce sont de formidables indicateurs de la variation du climat. Contrairement à d’autres phénomènes, comme la migration de certaines espèces animales, la fonte des glaciers est très rapide. C’est un indicateur visible du réchauffement global de la Terre.

Les glaciers suisses nous apportent donc des indications sur le climat global de notre planète?

Oui. Les questions climatiques globales et locales sont étroitement liées. Nous avons également appris cela de la débâcle de 1818. L’avancée du glacier du Giétro est notamment due à l’éruption d’un volcan en Indonésie trois ans plus tôt. Les cendres qui s'en sont échappées ont entraîné un refroidissement global et ont donc permis aux glaciers de gagner du terrain. Aujourd’hui, avec le réchauffement climatique, nous vivons la situation inverse. Les glaciers reculent.

Et vont-ils continuer à reculer?

Sur le très long terme, à savoir quelques millions d’années, impossible à dire. Mais dans un avenir proche, oui. Clairement.

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