La nouvelle bouleverse la société fribourgeoise. Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg a payé des indemnités à des personnes victimes d'abus sexuels de la part de prêtres. Deux exemples, en particulier, sont avérés, dont les vedettes malheureuses sont deux personnes de sexe masculin, contraints, durant leur jeune âge, à des actes d'ordre sexuel par des hommes d'Eglise, et qui ont touché 100 000 francs.

Hospitalisé, Mgr Genoud n'était pas en mesure de répondre à la presse hier. Mais, par la voix de son avocat Grégoire Piller, l'évêché confirme avoir payé à trois reprises des montants importants. La première fois en faveur d'un homme, qui a témoigné en 2002 dans l'émission de la TSR «Temps Présent», à laquelle l'évêque a d'ailleurs lui-même participé. Agé à ce moment-là d'une cinquantaine d'années, il revenait sur son enfance dans la Broye, où un prêtre a abusé de lui à maintes reprises. Il a reçu 100 000 francs de la part du diocèse.

Le deuxième cas met en scène un homme, victime d'attouchements de la part d'un autre prêtre. Les faits remontent aux années 1960. Une quarantaine d'années plus tard, la victime entreprend une action en justice contre l'abuseur et demande réparation. L'Eglise lui alloue alors un montant de 100000 francs, qu'elle doit verser à deux reprises. En effet, le premier chèque avait été détourné par l'ancien official de l'évêché, ce qui a du reste entraîné une plainte de l'autorité religieuse pour abus de confiance. Le procès devrait avoir lieu en principe l'an prochain.

La troisième occurrence concerne une femme qui aurait gravement souffert d'une erreur judiciaire de l'ancien official. Après s'en être ouverte à Mgr Genoud, elle s'est vue attribuer la somme de 50000 francs.

Procédure transparente

«Dans toutes ces actions, il n'a jamais été question d'acheter le silence de quiconque. Au contraire, la première affaire a fait l'objet d'un reportage à la télévision et la troisième d'un article dans la presse. Et depuis 2002, l'évêque n'a eu de cesse de rappeler la nécessité d'une procédure transparente. Elle est aujourd'hui réglée dans un document de 37 pages de la Conférence suisse des évêques», poursuit Grégoire Piller.

L'homme de loi insiste beaucoup sur ce point. Il faut dire que ses révélations ne tombent pas du ciel. Elles sont la réponse à une accusation de la revue catholique contestataire Golias. Sur son site internet, dans un article très polémique daté du 30 novembre, le rédacteur en chef Christian Terras écrit un réquisitoire contre l'ordination du chancelier et porte-parole de l'évêché Nicolas Betticher, - laquelle a eu lieu le dimanche 2 décembre. Selon La Liberté, ce texte a été distribué le jour précédent sous forme de tract en ville de Fribourg.

Dans son brûlot, outre l'affaire du «Temps Présent», Golias dénonce le cas d'un séminariste qui aurait reçu 80000 francs afin de renoncer à déposer une plainte pénale, après avoir été l'objet de «harcèlement sexuel» au sein même du séminaire. Grégoire Piller dément ce dernier cas. «Il y a eu en tout et pour tout trois versements à des victimes. Ce n'était pas, je le répète, pour qu'ils se taisent, mais pour les aider à se reconstruire. Hors de toute considération juridique et sans condition», affirme-t-il.

Selon l'avocat, la démarche du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg n'a rien d'exceptionnel. Elle est conforme à la directive de la Conférence suisse des évêques relative aux abus sexuels dans le cadre de la pastorale. Ce papier stipule en effet que «les évêques veillent dans leur diocèse à ce que les victimes soient aidées, selon les cas, sous forme pastorale, médicale, psychothérapeutique ou aussi financière».

Etrange usage de l'impôt paroissial

Quant aux prêtres concernés par ce genre d'affaire, «ils font l'objet de mesures thérapeutiques pour éviter qu'il y ait un risque qu'ils réitèrent».

Malgré ces explications, les pratiques de l'évêché jettent le trouble dans l'esprit de nombreux Fribourgeois. La classe politique, notamment, est dubitative. Ainsi la députée chrétienne-sociale Marie-Thérèse Weber-Gobet. Licenciée en psychologie et pédagogie, elle a été responsable de la communication du diocèse, pour la partie alémanique, durant douze ans. «Je ne sais pas si on peut alléger la souffrance avec de l'argent. Je pense que ce n'est pas la meilleure façon d'agir, d'autant plus que l'évêché est en mauvaise posture financière», indique-t-elle.

Le président de l'UDC Jean-Luc Rimaz et son homologue au PS Solange Berset, une fois n'est pas coutume, sont du même avis. «Ça interpelle. Est-ce aux contribuables de payer cela?», questionne le premier. «Je voudrais savoir d'où viennent ces fonds, et en vertu de quels critères on les attribue», se demande la seconde. C'est que l'Eglise est financée en grande partie par les impôts paroissiaux. Même s'il est important d'aider les victimes, c'est une manière étrange d'utiliser des deniers publics, estiment-ils en substance. D'autant plus que selon un récent arrêté du Tribunal fédéral, on peut très bien s'affirmer catholique sans payer l'impôt ecclésiastique, ce qui risque de diminuer les rentrées financières de l'évêché ces prochaines années.