Ce mois de novembre pourrait entrer dans les annales de l'histoire syndicale suisse. Les employés de la fonction publique fédérale commencent à donner sérieusement de la voix pour dénoncer les pratiques de gestion du personnel, soit de la Confédération, soit de La Poste. La tension est montée d'un cran entre syndicats et employeurs et la bataille ne fait que commencer. Résolutions, dissolution de la paix du travail, saisie de la commission paritaire de conciliation et menaces de grève échaufferont les tractations de fin d'année.

«Si La Poste veut la lutte, elle va l'avoir.» Christian Levrat, président du Syndicat de la communication, n'a pas eu à chercher ses mots pour annoncer la dissolution de la paix du travail et le lancement d'une campagne de mobilisation contre le géant jaune. Les employés de l'ex-régie fédérale ont amorcé le combat en investissant, mercredi, un centre postal proche du Palais fédéral. Ils dénonçaient les tentatives de La Poste de se soustraire à sa convention collective de travail (CCT).

La création de sociétés anonymes pour les cars postaux, les transports sécurisés (SecurePost) et la gestion du parc de véhicules (Mobility Solutions), l'externalisation d'activités dans le secteur du transport des envois postaux (RePot), l'engagement du personnel par l'intermédiaire d'entreprises temporaires ou le transfert de la responsabilité des affaires à des tiers pour le réseau postal et la vente: la liste, de ce que certains qualifient d'artifices juridiques de La Poste pour éjecter ses employés de sa CCT, est désormais trop longue pour les défenseurs des droits sociaux. Le Syndicat de la communication a brisé la paix du travail et le syndicat Transfair a saisi la commission paritaire de conciliation. Réunis en assemblée, les délégués du Syndicat de la communication ont d'ores et déjà approuvé une résolution demandant au géant jaune de renoncer à de nouvelles externalisations, de maintenir ses employés au sein de la CCT et de cesser d'engager du personnel temporaire.

«Afin de remettre la direction de La Poste sur la voie de la raison», le Syndicat de la communication a également annoncé plusieurs actions. Des actions qui pourraient plus s'apparenter à des grèves qu'à des débrayages, et ce pour la première fois dans l'histoire de ce syndicat. Ces manifestations perlées seraient déjà prévues pour la semaine prochaine, notamment en Suisse romande. «Les premières actions seront encore gentilles, mais nous sommes prêts à durcir le ton s'il le faut», explique une syndicaliste. Simple agitation ou menace réelle? Seules les réponses de La Poste aux revendications en décideront.

«Nous sommes étonnés et déçus par l'attitude des syndicats», a confié André Mudry, le porte-parole de La Poste. Selon lui, ceux-ci avaient fait preuve de bonne volonté jusqu'à présent, lors des négociations ou des essais pilotes. «Les externalisations entreprises ne sont que ponctuelles et sont destinées à assurer notre compétitivité et le maintien des emplois», a-t-il précisé.

Du côté des employés de la Confédération, le mécontentement a plus de mal à prendre une tournure concrète, mais il n'en demeure pas moins important. Ce sont près de 4200 postes qui sont menacés par l'allégement budgétaire de l'Etat, via la planification d'abandon des tâches. L'Association de personnel de la Confédération (APC) avait promis, lors de son grand rassemblement du 23 septembre passé, que la lutte ne faisait que commencer. Aujourd'hui, l'APC persiste et signe. «Si le Conseil fédéral et le parlement devaient faire fi des revendications du personnel, nous devrons envisager de nouvelles actions», a déclaré Hans Müller, le secrétaire général de l'association, devant l'assemblée des délégués, à Berne. L'APC exige que le gouvernement renonce aux suppressions d'emplois et aux licenciements et qu'il garantisse de bonnes conditions de travail et la pérennité de sa caisse de pension, sans quoi «nous descendrons dans la rue», affirme Hans Müller.

Si les employés fédéraux ont la rage au ventre, le ministre des Finances, Hans-Rudolf Merz, invité à l'assemblée de l'APC, était quant à lui victime d'une rage de dents. Le conseiller fédéral a été contraint de renoncer à sa rencontre avec les délégués, leur préférant par la force des choses son dentiste. Déçus ou vexés, les employés fédéraux ont refusé d'accueillir le secrétaire général Peter Grütter à la place du ministre.