La marche funèbre des employés de Tamoil

Valais Le directeur technique de la raffinerie, Frank Topin, s’exprime pour la première fois

Sur les vitres des bâtiments administratifs de la raffinerie de Collombey, on a placardé des affiches «A vendre» avec le numéro de téléphone de l’Etat du Valais. Aux tuyaux du craqueur catalytique, la fierté de l’entreprise, des mannequins pendus par le cou. Après un lâcher de ballons symbolique de tous ces emplois qui s’envolent, les employés s’ébranlent en une marche funèbre, portant les croix de leur «envie», de leur «plaisir», de leur «technologie»… La raffinerie semble déjà presque enterrée.

Parmi les quelque 700 personnes présentes à cette manifestation de soutien aux employés qui devraient être licenciés dans les mois qui viennent pour cause d’arrêt des activités, Frank Topin, directeur technique de la raffinerie. Il sait que les chances de trouver un repreneur sont minces. Depuis son retour chez Tamoil comme adjoint du directeur Pierluigi Colombo, il y a deux ans et demi, c’est la première fois qu’il s’exprime dans la presse.

«Arrêt définitif»

«Tamoil a ponctionné les budgets d’investissement pour réaliser les assainissements environnementaux exigés par les cantons de Vaud et du Valais, explique-t-il. Du coup, les travaux qui auraient pu augmenter la rentabilité des unités de raffinage datant des années 60 n’ont pas été faits.» Pour lui, cet arrêt des investissements, c’est l’un des facteurs qui ont conduit l’usine à perdre tellement d’argent.

En plus de ne pas être au top de la rentabilité, il faudra encore rénover certaines portions du réseau d’égouts et terminer l’étanchéité des bassins de rétention pour quelque 20 millions de francs afin de satisfaire aux exigences environnementales du canton. Ces coûts seraient à la charge d’un éventuel repreneur, tout comme les frais d’exploitation du pipeline, de 20 millions par année, celui-ci appartenant à une entreprise italienne.

Quant à l’idée d’un arrêt provisoire de l’usine, Frank Topin n’y croit pas. «Tamoil a prévu cinq personnes pour assurer la maintenance des gares de chargement et de la raffinerie pendant cet arrêt, alors qu’il en faudrait une vingtaine pour entretenir les 1000 pompes et les nombreuses vannes dans l’optique d’un redémarrage. Pour moi, Tamoil est en train de mettre en place les conditions d’un arrêt définitif.»

Comme les syndicats, Frank Topin estime que la sécurité n’est pas garantie par le plan de licenciement de Tamoil. «Nous avons un agenda des licenciements, mais pas de planning de l’arrêt des installations, ce qui ne nous permet pas d’évaluer la bonne adéquation des deux aspects. Par contre, il semble que la direction ait l’intention de faire travailler les personnes licenciées pendant leur délai de congé, ce qui ne se pratique jamais dans le raffinage pour des questions de sécurité. La situation des personnes licenciées peut être très difficile à vivre. Or, notre métier est dangereux et exige une concentration maximale», explique-t-il.

Une quinzaine de personnes se sont montrées intéressées par un rachat éventuel de la raffinerie de Collombey. Le gouvernement valaisan ne révèle aucun nom et reste très prudent: il s’agit de pré-contacts et aucun n’a encore confirmé son réel intérêt. (ATS)