Formation 

«Des enfants hors du radar de l’école publique»

Cesla Amarelle, cheffe du Département vaudois de la formation et de la jeunesse, veut augmenter les exigences pour l’école à la maison. La loi révisée devrait être mise en consultation au printemps prochain

Face au nombre croissant d’enfants qui font l’école à la maison – ils étaient 70 en 2008, contre 550 en 2018 –, le canton de Vaud veut durcir les exigences autorisant cette méthode d’éducation. Si l’on ne connaît pas encore les changements qui sont prévus, le Département cantonal de la formation dit être «très attentif à ce que font Fribourg et le Valais», où le titre d’enseignant est un prérequis. Il est aussi question de renforcer les contrôles par des inspecteurs – une tâche qui s’annonce peu aisée au vu de la taille du canton.

Le Temps: Le canton de Vaud pose assez peu d’exigences pour pouvoir pratiquer l’école à la maison. Mais en quoi est-ce problématique?

Cesla Amarelle: Les bases légales actuelles ne donnent pas un cadre suffisant pour accompagner professionnellement les enfants scolarisés à domicile. Ces enfants sont de plus en plus nombreux, et disparaissent quasiment du radar de l’école publique. Prévenir les dérives relève presque de l’impossible. Par ailleurs, je dois m’assurer que les élèves qui ne font pas partie du système scolaire obligatoire bénéficient réellement d’un enseignement en tout point conforme aux exigences du plan d’études romand (PER), fondé sur des réalités scientifiquement établies et respectant les droits fondamentaux de la personne. L’actualisation du cadre légal vaudois passe donc par une révision inévitable de la loi sur l’enseignement privé et de ses règles d’application.

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Les familles qui font l’école à la maison craignent que des fonctionnaires ne statuent sur une réalité qu’ils méconnaissent. Que répondez-vous?

J’ai bien conscience que cette forme de scolarisation peut convenir à certains enfants, surtout lorsqu’ils vivent des périodes difficiles à l’école. Mon but n’est pas d’empêcher cela. La réforme vise à remettre les intérêts supérieurs de l’enfant en âge de scolarité obligatoire au centre du dispositif légal. Cela doit permettre à l’Etat de s’assurer que le cadre scolaire familial offert aux enfants concernés est conforme aux principes constitutionnels fondamentaux. Le nouveau cadre légal doit permettre à l’Etat de prévenir les risques de dérives en le dotant d’un mécanisme de surveillance accru effectif, tant en amont que durant la scolarisation.

Le changement de loi envisagé, par exemple avec l’obligation d’être au bénéfice d’un titre d’enseignant pour les parents concernés, entraînerait l’intégration de centaines d’enfants dans les établissements publics. Comment gérer le risque important d’échec scolaire?

Il est impossible de dire à ce stade combien d’enfants devraient être «rescolarisés». Ce qui est certain, c’est que cette réforme devra se mettre en œuvre de manière proportionnée et avec ménagement. J’ai pleinement confiance en la capacité intégrative de l’école vaudoise. Derrière cette révision, il y a aussi un enjeu collectif: la volonté de faire partie d’une collectivité, par-delà toutes les différences, prend sa source dans l’école.

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