Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La Turquie est en période électorale et organise des présidentielles en juin
© AP/Lefteris Pitarakis

Formation

Des enfants de six ans incités à jouer à la guerre à l’école

Des écoliers de Suisse orientale ont joué à la guerre sur scène, lors de cours d’histoire organisés sous l'égide de l'ambassade turque, selon le Blick. Cet enseignement est transformé en propagande nationaliste et religieuse pour le régime d'Erdogan, selon l'expert Thomas Kessler

Des enfants de six ans en habits militaires et qui en appellent à la mère patrie. Puis ouverture du feu. Le bruit des mitrailleuses résonne, transmis par des hauts-parleurs. Les enfants tirent avec des armes factices.

Cette scène a bien eu lieu, le 25 mars dernier, dans la halle d’Uttwil, dans le canton de Thurgovie, révèle le SonntagsBlick qui indique disposer d’enregistrements. Des enseignants de l’école primaire jouent au mort, couverts de drapeaux turcs.

Dans le public, des centaines de Turcs venus de tout le pays, qui applaudissent et filment le tableau avec leur portable. L’organisateur est le conseil des parents de l’école turque de Saint-Gall. A Uttwil, on affirme avoir été informé par l’école turque de Romanshorn. Mais le moteur de l’opération, c’est l’ambassade turque à Berne, selon le journal. Au premier rang, figurent des invités diplomatiques venus d’Ankara.

Manque de contrôle des cantons 

Cette représentation guerrière s’intègre dans le cadre des cours turcs de «langue et de culture d’origine» (classe HSK). Cet enseignement est hebdomadaire et il est organisé en collaboration entre l’ambassade turque et les cantons suisses. La plupart des écoliers sur scène viennent de Flawil.

En réalité, les départements de l’éducation n’ont quasi aucun contrôle sur ces cours, constate le Blick. Dans le cas de la Turquie, les enseignements sont souvent envoyés directement d’Ankara. Le contenu est dicté par le ministère de l’éducation.

Alexander Kummer, directeur de l’Office cantonal de l’éducation de Saint-Gall, refuse de s’exprimer sur les images qui lui sont montrées. Il ajoute uniquement que les cours de HSK complètent l’enseignement régulier des langues. L’ambassade turque ne se prononce pas. Nazim Nacalkan, coordinateur des cours, estime que certes la scène est allée un peu loin, mais il la relativise. Les enfants n’auraient représenté qu’un événement historique, la bataille de Gallipoli, en 1915, une bataille qui a fait 100 000 morts. En Turquie, la commémoration de cet événement de la Première Guerre Mondiale est une tradition. A Gallipoli, l’empire ottoman a battu les forces de l’entente occidentale (France, Grande-Breagne, Australie). C’est une victoire de l’islam sur le monde occidental.

Des enfants instrumentalisés

Pour Ismaïl Kupeli, un expert allemand de la Turquie, ces représentations sont problématiques : «Les enfants sont instrumentalisés pour la propagande nationaliste», dit-il. Même les plus jeunes sont soumis à son idéologie.

D’après le SonntagsBlick, l’affaire d’Uttwil n’est pas un événement unique. Des jeux guerriers du même type se produisent dans d’autres cantons, écrit-il, citant le cas du centre de congrès de Biberist, dans le canton de Soleure, le 18 mars dernier. Des images montrent ici des membres des groupes de jeunes de la Mosquée de Soleure tirer sur des ennemis imaginaires, devant un écran qui reproduit des scènes de la Première Guerre. Ces jeux de guerre étaient organisés, selon une invitation, par une fondation turque proche d’Ankara. D’autres fêtes similaires ont eu lieu en Argovie, à Buchs et Aarburg, ajoute le Blick.

Revoir la collaboration des cantons

Thomas Kessler, un expert de l’intégration, demande «que les cantons prennent des mesures», même s’il s’agit finalement de mettre un terme à la collaboration avec la Turquie.

Thomas Kessler explique que Recep Erdogan «n’est pas intéressé par une intégration de ses compatriotes, mais au contraire par une mobilisation nationaliste et religieuse». L’expert bâlois reconnaît que les cours de HSK devraient être conçus comme des «bâtisseurs de ponts», mais que l’inverse est vrai. Ils «encouragent des sociétés parallèles». L’enseignement de l’histoire se transforme en propagande. A son avis, «les autorités scolaires doivent réagir».

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a