Terré durant six mois dans sa tour d'ivoire, le nouveau gouvernement jurassien s'est présenté trois fois in corpore en l'espace d'une semaine: souriant et complice autour du programme politique de législature, désuni derrière le plan d'économies financières, et finalement consensuel, mercredi, pour relancer le concept «Pays ouvert» et sa réduction fiscale. Le Jura entend se départir d'une étiquette fortement pénalisante, celle qui fait de lui l'«enfer fiscal du pays».

Mis en veilleuse depuis les élections de 2002 et bloqué par un recours en justice, «Pays ouvert» revient, remanié non sur les objectifs et les mesures, mais sur la conduite de ce programme de longue haleine, qui vise à faire passer la population jurassienne de 69 000 à 80 000 âmes d'ici à 2020, avec une élévation correspondante du nombre d'emplois et du revenu moyen.

Le ministre Jean-François Roth clarifie les rôles: parlement et gouvernement sont les organes décisionnels; l'administration et une fondation de droit public assureront la mise en œuvre des mesures, la fondation étant, selon Jean-François Roth, «l'outil de pilotage opérationnel». Le parlement doit approuver cette précision. «Pays ouvert» sera soumis au peuple d'ici à la fin de l'année, pour entrer en vigueur en 2004.

En même temps que sa principale mesure: une diminution fiscale significative. Initialement, le gouvernement à majorité démocrate-chrétienne voulait une baisse linéaire, seule garante d'attractivité. Mais contestée par la gauche et une initiative chrétienne-sociale ciblant la réduction sur les familles et les contribuables modestes et moyens.

La voie étroite

Le ministre des Finances, Gérald Schaller, et le gouvernement ont dû trouver l'étroite voie qui satisfait à des objectifs contradictoires. La solution combine deux mesures: le palier franc d'impôt sur le revenu est remonté de 8300 à 10 300 francs pour un couple marié, puis l'actuelle courbe fiscale jurassienne très sociale est décalée vers le haut. En moyenne, la réduction est de 4,3%, mais varie de près de 20% pour les bas revenus à 0,5% pour les hauts revenus. La réduction «sociale» s'accompagne d'une forte diminution de l'impôt sur la fortune, de 20%.

L'impôt des personnes physiques sera encore réduit, de manière linéaire, de 1% par année entre 2009 et 2020. L'impôt sur le bénéfice des entreprises est lui abaissé de 5%, puis de douze fois 1% entre 2009 et 2020.

Manque à gagner dès 2004: 18,2 millions (ce qui équivaut à 5% des recettes fiscales), dont 8,7 pour le canton et 9,5 pour les communes. En compensation, le gouvernement a présenté mardi un programme d'économies de 55 millions d'ici à 2007: 38 millions pour le canton et 17 pour les communes. «La solution retenue est l'expression d'un consensus mûrement réfléchi, confie Gérald Schaller. Nécessaire pour accroître l'attractivité du Jura et incontournable pour contrer la crise démographique qui menace si nous ne faisons rien.»

La notion d'attractivité est centrale. «L'impact du système retenu est maximal sur l'indice cantonal de la charge fiscale, qui détermine l'attractivité fiscale des cantons», se réjouit l'exécutif. Passé du 26e au 23e rang du classement intercantonal en 2002, le Jura remontera à la 18e place dès 2004-2005. «Etre dans la moyenne pour ne plus être un enfer», soupire le porte-parole, Pierre-Alain Berret. En ramenant son indice fiscal de 131 à 117, le Jura passera devant les cantons de Fribourg, du Valais, de Neuchâtel, de Bâle-Ville et talonnera Berne. L'effet sur l'indice de charge fiscale sur la fortune sera tonitruant: de 178 à 81.

Le projet doit être avalisé par les communes et le parlement, pour déployer ses premiers effets en 2004.