Formation

Engager des réfugiés pour lutter contre la pénurie d’apprentis

Zurich compte créer cent places de préapprentissage destinées aux réfugiés cet été. La mesure vise à la fois à améliorer leur intégration sur le marché du travail et à atténuer la pénurie de main-d’œuvre

Un apprentissage plutôt que l’aide sociale: l’idée avait été lancée en 2006 par l’UDC Christoph Blocher, alors ministre de la Justice. Douze ans plus tard, elle a fait son chemin. Un programme pilote de préapprentissage pour réfugiés, financé à hauteur de 54 millions de francs sur quatre ans par la Confédération, doit démarrer cet été. Cette formation d’une année s’adresse aux personnes possédant un statut de réfugié (permis B/F) ou à celles admises à titre provisoire (permis F). La Confédération s’est engagée à financer 800 à 1000 places par année. Dix-neuf cantons ont manifesté leur intérêt pour ce programme, précise le SEM (Secrétariat d’Etat aux migrations).

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Plusieurs d’entre eux ont d’ores et déjà adopté ces mesures. Le préapprentissage pour réfugiés fait partie d’une série de solutions présentées mardi par le Département zurichois de l’éducation pour renforcer la formation professionnelle. Depuis 2016, le canton a d’abord autorisé 18, puis 60 places. «Près de 80% des réfugiés qui ont suivi cette formation initiale ont ensuite trouvé un apprentissage», observe Niklaus Schatzmann, chef du Service de la formation professionnelle du canton de Zurich. Deux entreprises ont pris part à ce projet: La Poste et la société de transport Planzer. «Au début, un encadrement important est nécessaire, surtout à cause des lacunes linguistiques. Mais les employeurs sont manifestement satisfaits», souligne encore Niklaus Schatzmann. D’ici à l’été 2018, le canton vise la création d'une centaine de places.

7000 places d’apprentissage vacantes

Les autorités voient aussi dans ce projet une solution à la pénurie d’apprentis. En 2017, 7000 places d’apprentissage étaient restées vacantes en Suisse, selon le baromètre publié en août dernier. Les branches les plus concernées sont celles de la construction et des services. «Commerce de détail, industrie de la viande, construction du rail, nettoyage de bâtiment: ce sont souvent les postes les plus pénibles physiquement», énumère Niklaus Schatzmann.

Le taux d’activité des réfugiés entre 18 et 65 ans stagne autour de 20% durant les cinq premières années

Les réfugiés arrivent souvent en Suisse avec une expérience professionnelle ou une formation mais, la plupart du temps, ils ne peuvent mettre ce bagage à profit, faute de connaissances linguistiques ou de qualifications requises pour entrer sur le marché du travail. Le préapprentissage, qui dure une année, doit les familiariser avec le marché du travail et leur apporter des compétences de base. Il sert de porte d’entrée vers une formation professionnelle plus complète. «Les candidats sont très motivés, car ils souhaitent à tout prix accomplir une formation», observe Niklaus Schatzmann.

Le taux d’activité des réfugiés entre 18 et 65 ans stagne autour de 20% durant les cinq premières années. Celui des personnes en admission provisoire autour de 30% durant les sept premières années. Ces taux augmentent avec la durée du séjour: au bout de dix ans, 48% des réfugiés et 25% des personnes admises provisoirement possèdent un emploi, relève une étude de 2014, mandatée par le SEM. A titre de comparaison, 79% de la population étrangère résidente permanente et 88% des Suisses de 25 à 54 ans ont une activité professionnelle.

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