La dame a du caractère, ce qui n'est pas, semble-t-il, du goût de tout le monde. Ruth Gisi, 49 ans, est landammann de Soleure, mais c'est en tant que cheffe du Département de l'instruction publique et de la culture qu'elle se voit attaquée aujourd'hui. La semaine dernière, le Conseil de l'instruction publique, qui doit conseiller la ministre sur les questions pédagogiques, a démissionné en bloc en informant certains médias triés sur le volet. Il n'a pas jugé utile de s'en expliquer à la principale intéressée, Madame le landammann, pourtant présidente de cette instance de sept personnes. La conseillère d'Etat ignore le Conseil, ou au mieux ne lui donne en pâture que des problèmes insignifiants, font savoir les lésés. Et quoi qu'ils disent, «elle fait de toute façon ce qu'elle veut», renchérit Walter Gasser, un des démissionnaires.

Lundi dernier, Ruth Gisi ne laisse pas passer l'affront. Dans une conférence de presse, elle dénonce le manque de style de ses détracteurs et leur répond point par point. Elle explique, protocole à l'appui, que ce Conseil se plaint de sa perte d'influence depuis… 1981. Qu'il n'accepte pas d'être réformé dans la version pourtant décidée par le Conseil d'Etat. En bref, paré des voiles de la vertu, il tente une sortie honorable avant de disparaître. Une tempête dans un verre d'eau, quoi!

Cette bringue met cependant de nouveau en lumière les difficultés que rencontre Ruth Gisi dans l'exercice de son pouvoir politique. Cette avocate de formation a permis aux radicaux de sauver leur second siège en 1997, après la déroute de la Banque cantonale de Soleure. Forte d'une seule charge de municipale, elle se mit au travail en faisant le ménage dans un département particulièrement endormi. Elle se débarrasse des chefs de service qui, faute de leadership sous son prédécesseur, avaient pris les rênes du pouvoir. Avec son entregent, elle parvient à mettre sur pied au-delà des frontières cantonales la haute école spécialisée du Nord-Ouest, assurément une belle victoire dans un canton très fortement cloisonné.

Mais sa façon de faire agace. «Ruth Gisi est une personnalité imprévisible, tour à tour libérale et conservatrice, juge un député de son parti. Nous avons quelques problèmes au sein du groupe avec elle.» Et le groupe n'est pas le seul. Elle vient de se faire rabrouer par le gouvernement pour avoir contrevenu au principe de la collégialité. Acquise aux économies de 180 millions décidées par le Conseil d'Etat, elle ne les accepte cependant pas pour son propre département. Surtout, elle manque de sensibilité politique à force de vouloir imposer ses prérogatives, estime dans la Solothurner Zeitung Markus Reichenbach, président de la commission parlementaire pour l'Instruction publique.

Soleure renouvelle ses autorités cantonales l'année prochaine. Brillamment élue en 1997, Ruth Gisi devra soigner son style pour rééditer cet exploit.