«Dans le Jura, il y a une école qui depuis des années remporte toutes les compétitions interscolaires de ski de fond. Le secret de cette réussite? Plusieurs professeurs s'impliquent pour préparer l'épreuve. Celui d'éducation physique s'occupe de l'entraînement; celui de physique, dans le cadre des cours sur le frottement, sensibilise les élèves au fartage des skis; tandis qu'en biologie, leur collègue aborde le thème de la nutrition, en élaborant un régime alimentaire adapté à la course de fond.»

Cet exemple interdisciplinaire, raconté par Michel Develay, spécialiste en éducation, s'applique également aux quelque 150 enseignants et directeurs d'établissements scolaires romands et français venus l'écouter à l'occasion du VIIe Forum transfrontalier de l'éducation. Réunis samedi au collège des Rojalets à Coppet, ces professionnels de l'enseignement, originaires des cantons de Vaud, du Valais, de Genève, des départements des deux Savoie et de l'Ain, veulent enrichir les échanges. Tant au niveau des pratiques pédagogiques qu'au niveau des rencontres entre élèves suisses et français.

Car si la langue est commune, les systèmes scolaires sont différents. «Et la différence est parfois grande», estime Paul Fauveau, coprésident français du Forum et proviseur à Saint-Julien-en-Genevois. «En France, il existe un seul programme scolaire pour tout le pays, alors qu'en Suisse, chaque canton a le sien.» Selon Léonard Morand, coprésident suisse et doyen au collège des Grandes-Communes à Lancy, la différence réside aussi dans la conception de l'école. «En France, l'école est républicaine, jacobine, plus stricte. En Suisse, l'école est davantage paternaliste et consensuelle, inspirée par les pensées de Rousseau et Pestalozzi.»

Au-delà de ces contrastes, les préoccupations sont communes: les techniques d'enseignement de la langue française, la violence à l'école, les technologies de la communication, ou encore l'orientation professionnelle. Autant de domaines où échanger les expériences se révèle utile. Il suffit alors de piocher dans les bonnes idées du voisin. Des ateliers de discussion sont organisés pendant le forum, mais les échanges se concrétisent surtout en dehors. A la création du forum, des enseignants romands, en visite chez leurs collègues français, ont été impressionnés par leur enseignement des nouvelles technologies. Ils se sont inspirés de ce modèle pour l'appliquer chez eux.

Soutien des autorités

La plupart de ces collaborations bénéficient du soutien des Départements de l'instruction publique, en Suisse, et des rectoraux, en France. Ainsi, depuis deux ans, six enseignants français participent à Genève au jury pour la maturité fédérale; cette année, le canton de Vaud suivra l'exemple. Par ailleurs, des enseignants romands ont suivi en France un stage au centre de formation des maîtres.

Les professeurs échangent, leurs élèves aussi. Des tournois transfrontaliers d'athlétisme sont organisés régulièrement. Et chaque année, une centaine d'élèves participent à des activités communes. Dans le cadre des journées du patrimoine, plusieurs classes se sont réunies pour découvrir des sites historiques du pays de l'autre. Une autre fois, un collège français et un collège genevois ont étudié chacun dans sa région la faune et la flore de l'Arve. «Ce type de collaboration crée pour les élèves une nouvelle dynamique qui lie découverte et échange», remarque Léonard Morand. La fréquence de ces échanges dépend de la motivation du corps enseignant. Et, de l'avis des participants, au cours de ces forums les projets transfrontaliers foisonnent.