Ce mardi soir, la fonction publique et les enseignants neuchâtelois, à l’invitation de leurs syndicats, manifesteront leur désapprobation face à l’une des mesures du budget 2015 du canton: le gouvernement limite à 0,5% la progression de la masse salariale. Les annuités ne seront ainsi pas intégralement servies. La grogne est manifeste dans le corps enseignant, avec menaces de grève. Même le pourtant modéré Syndicat autonome des enseignants neuchâtelois (SAEN), qui réunit environ la moitié des enseignants, notamment ceux du primaire, se joint au mouvement. Son président Pierre Graber s’en explique.

Le Temps: Les enseignants neuchâtelois ne subiront pas de réduction salariale en 2015, mais une progression limitée. Pourquoi s’en insurger à ce point?

Pierre Graber: Nous avons déjà dû composer avec des suspensions de progression salariale, comme en 2010. Nous aurions pu avaler une couleuvre de plus si elle s’était limitée à 2015. Nous craignons qu’en 2016, 2017 et par la suite, nous soyons soumis au même régime minceur. C’est, notamment pour les jeunes enseignants, une perte cumulée conséquente du salaire promis à leur engagement.

– Pourquoi l’augmentation de la masse salariale de 0,5% préconisée par le gouvernement ne suffit-elle pas à absorber les progressions salariales?

– C’est une bonne question, ce d’autant que, chez les enseignants, le rythme de renouvellement s’accélère avec de nombreux départs en retraite. Ce qui a transpiré des explications du ministre Laurent Kurth, c’est que, pour engager des cadres dans l’administration, il faut s’aligner sur les salaires dans le privé. Voilà pourquoi les annuités des enseignants, qui sont déjà mal payés, ne peuvent pas être servies pleinement.

– Le Conseil d’Etat promet une refonte de la grille salariale. N’est-ce pas la solution?

– Nous l’espérons. Mais il n’existe pas encore de projet. Sa négociation prendra trois-quatre ans. D’ici là, nous risquons d’avoir une formule identique à celle prônée pour 2015. Les enseignants neuchâtelois sont, en début de carrière, parmi les plus mal payés de Suisse. Et on veut réduire de moitié la courbe de leur progression.

– Vous dénoncez également les conditions de travail difficiles, avec des comparatifs intercantonaux défavorables sur le nombre d’élèves par enseignant. Ne mélangez-vous pas tout?

– Il est important de connaître le contexte du métier de l’enseignant. Pour que chacun comprenne que nous ne nous battons pas seulement pour une question salariale, mais parce que les conditions de travail se sont péjorées. Notre caisse de remplacement a enregistré une hausse de 80% des cas de maladie en dix ans. C’est un signal d’alarme.

Votre irritation est-elle accrue par le fait que le Conseil d’Etat est à majorité de gauche et que, pour la première fois, la ministre de la formation est une socialiste?

– Il y a eu du soulagement lorsque Philippe Gnaegi n’a pas été réélu, et beaucoup d’espoirs placés en Monika Maire-Hefti. La déception est d’autant plus grande de voir un gouvernement appliquer presque servilement les diktats d’un parlement à majorité bourgeoise, et ne pas défendre sa fonction publique et son école en particulier.

– La manifestation dans la rue peut-elle influencer un parlement qui, à l’inverse du gouvernement, a une majorité bourgeoise qui exige bien plus d’économies budgétaires que ce que préconise l’exécutif? Ne risquez-vous pas de vous tirer une balle dans le pied?

– Si le Grand Conseil devait encore durcir les mesures salariales, ce serait ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre.

– A Neuchâtel, canton ébranlé politiquement et financièrement, des efforts sont nécessaires à tous les niveaux. Les enseignants doivent-ils être épargnés?

– L’école neuchâteloise est celle qui coûte le moins cher en Suisse. Nous avons le plus grand nombre d’élèves par enseignant. Les salaires versés sont les plus bas du pays. Nos résultats PISA nous mettent en queue de classement. La crédibilité de l’école neuchâteloise est en cause. Pour garder la tête hors de l’eau, elle a besoin d’enseignants motivés. Là, on ne fait que de les dégoûter.