Une litanie d'avis mitigés, quand ils ne sont pas franchement négatifs. Simultanément interpellés par un sondage de la Société pédagogique vaudoise (SPV), des entretiens de leur association professionnelle «les 5-9», et un bilan de l'introduction de la réforme dans les trois derniers degrés de l'école obligatoire, les maîtres secondaires vaudois ne cachent pas leur résistance à Ecole vaudoise en mutation (EVM).

Au cœur des récriminations figure le compromis sur les évaluations, qui a conduit à la réintroduction de notes mais non de moyennes, durant les trois dernières années du secondaire. Par 47% de oui contre 44% de non, les maîtres des degrés 7 à 9 sont ainsi les seuls dans l'école obligatoire à penser que la SPV, syndicat pourtant acquis aux réformes, devrait soutenir l'initiative libérale réclamant le retour des notes dès la troisième année primaire. Ils estiment en particulier que le changement a été une source de confusion dans l'élaboration des évaluations comme dans leur communication aux élèves et aux parents. La contestation ne s'arrête toutefois pas aux notes. L'efficacité de l'enseignement est également mise en question, à cause de l'importance prise par les processus d'apprentissage au détriment des connaissances.

Les critiques les mieux documentées viennent des «explorateurs» d'EVM, ces établissements qui ont appliqué la réforme un an avant les autres. Dressant un bilan provisoire dans le numéro d'octobre de la revue de formation et d'échange pédagogique du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), le chercheur Alex Blanchet constate «l'usure des enseignants». Toutes les questions touchant à l'évaluation, à la promotion ou à l'échec, ainsi qu'à l'efficacité de l'enseignement recueillent une majorité d'avis négatifs, en particulier parce que la clarté et la simplicité ne sont pas au rendez-vous. Leur absence complique aussi les relations avec les parents, qui souffrent déjà d'une certaine ambiguïté. Les commentaires révèlent une perplexité devant un partenariat «compris comme un droit de s'immiscer dans l'école» dont les classes sociales les plus favorisées profitent le mieux. Seule la structure du système, avec ses différentes voies, recueille une majorité d'avis positifs, comme les contenus d'enseignement, par objectifs et projets.

Sans prétention scientifique, la «prise de température» du comité des 5-9, association de quelque 600 maîtres qui fait partie de la fédération SPV, exprime des résistances tranchées. «Les notes, c'est beaucoup plus clair pour les parents, pour les maîtres, et pour les enfants aussi», résume un enseignant. «C'est un code international compréhensible par les parents de langue étrangère, permettant de justifier les promotions de fin d'année sans longs discours.» Sur 30 maîtres interrogés, 22 apprécient les notes, quatre seulement y sont opposés. Une autre revendication très soutenue (26 avis sur 30) est la diminution de trois à deux du nombre des bulletins d'évaluation: «Les concertations, les colloques, les bilans, les conférences, pour la plupart inutiles, on en a assez!» assène un témoignage. A l'inverse des notes, les évaluations imposent des concertations, et le temps de travail en dehors des heures de classe augmente. Ce qui explique largement les réticences constatées.

Depuis six mois à la tête du DFJ, Anne-Catherine Lyon ne se laisse pas démonter: «Je constate que des innovations fondamentales comme le report de la sélection en sixième ou les cycles d'enseignement sont entrées dans les mœurs.» La conseillère d'Etat entend rester fidèle à la ligne annoncée lors de la dernière rentrée, et qui consiste à éviter de nouveaux changements: «Ce dont les enseignants ont besoin, c'est d'un système qui ne change pas toutes les cinq minutes.» L'esprit consiste à «aller au bout d'EVM». Anne-Catherine Lyon aimerait ainsi que la votation de l'initiative libérale sur les notes n'interfère pas avec l'année scolaire en cours: «Cela biaiserait le débat.» Le Conseil d'Etat n'a pas encore pris sa décision, mais l'automne 2003 est la date probable du scrutin. A la tête de la direction générale de l'enseignement obligatoire, Daniel Christen complète en rappelant que les établissements explorateurs sont justement là «pour faire ressortir les défauts du système». Il souligne que des aménagements ont déjà été apportés, notamment avec l'unification des codes et une information aux parents. Face à l'enseigne du sondage de la SPV – «EVM: stop ou encore?» – il met en garde: «Il n'y a pas de retour possible à une sorte de paradis perdu pédagogique.»

Les tendances de l'évolution scolaire sont d'ailleurs plutôt porteuses de changements encore plus ébouriffants pour les maîtres du secondaire. Dans la foulée de PISA et de son lauréat finlandais, le syndicat des enseignants romands s'est prononcé samedi dernier pour une école sans filières ni sélection définitive jusqu'à la fin du secondaire obligatoire. Ce qui serait une révolution en Pays de Vaud.