Primes maladie

Entre caisses et médecins, la bataille fait rage

Le président des médecins romands réclame une baisse des primes, alors que les caisses annoncent une hausse de 3% pour 2020

Info ou intox? Alors qu’il reste encore trois mois avant que le ministre de la Santé, Alain Berset, n’annonce les primes maladie pour 2020, la bataille des chiffres fait déjà rage. Dans un premier temps, l’association faîtière des caisses maladie a pris les devants pour décréter la fin de l’embellie concernant les coûts de la santé: il faut s’attendre à une hausse des primes d’environ 3% pour l’an prochain. «Tout faux!» réplique Philippe Eggimann, le président de la Société médicale de la Suisse romande. Celui-ci réclame tout au moins un gel des primes pour l’an prochain.

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Qui croire en cette année électorale politiquement tendue où deux partis, le PS comme le PDC, récoltent chacun des signatures pour leur initiative populaire afin de réduire la charge des primes? Santésuisse a déjà prévenu les assurés. Après deux ans de répit en 2017 et 2018 marqués par une hausse modérée des coûts, ces derniers reprennent une croissance plus forte. Ce faisant, elle fait coup double. D’une part, elle annonce déjà la mauvaise nouvelle qui devrait tomber en septembre prochain. D’autre part, elle met sous pression le monde politique, à commencer par le Conseil fédéral qui tarde à ficeler son paquet de mesures pour juguler la hausse des coûts.

De nombreuses mesures abandonnées

Voici déjà deux ans, un groupe d’experts avait rédigé un catalogue de 38 mesures. Depuis, il ne s’est quasiment rien passé. Certes, le Conseil fédéral envisage un premier paquet de mesures dans lequel il a intégré le système du prix de référence pour abaisser le prix des médicaments. Lui qui devrait annoncer ses recettes pour juguler la hausse des coûts d’ici à la fin de l’été a dû renoncer à des mesures plus audacieuses: l’obligation de distribuer des génériques par les médecins, la levée du principe de territorialité pour autoriser les importations parallèles, l’adoption du principe d’économicité, et l’on en passe.

Déjà, Santésuisse perçoit des signaux inquiétants: une hausse de 5% concernant les diagnostics médicaux en laboratoire qui se multiplient, de 6% sur les traitements en physiothérapie et de 6% encore pour les soins à domicile. Selon elle, les fausses incitations, comme les tarifs à l’acte dans le domaine ambulatoire, ne font que stimuler la demande. Mieux vaudrait les remplacer par des forfaits.

«Une baisse des primes de 5%»

Une telle lecture des faits fait bondir le patron des médecins romands, Philippe Eggimann. Dans une tribune publiée par la Revue médicale suisse, il a crié «halte à la désinformation». «C’est une baisse des primes de 5% qui s’impose pour 2020, à tout le moins un gel des primes», s’exclame-t-il. Il constate que le ciseau s’est ouvert entre la hausse des primes de 9% pour ces deux dernières années et celle des coûts à charge de l’assurance de base, qui ne s’est élevée que de 1,2%. «Il serait grand temps de faire profiter l’assuré du matelas des réserves accumulées par les caisses plutôt que de continuer cette spirale infernale basée sur des prédictions qui ne se sont pas vérifiées», se fâche-t-il.

Et les assurés dans tout cela? Ils ne savent plus à quel saint se vouer. Ce lundi 24 juin, Interpharma a publié son «Moniteur de la santé 2019» basé sur un sondage effectué par l’institut gfs.bern auprès de 1200 personnes. Une prise de température qui confirme que le fardeau des primes devient de plus en plus lourd à porter pour les ménages: 34% des sondés – un chiffre en hausse de 18% – estiment que les coûts de la santé constituent pour eux un problème continuel ou occasionnel, davantage que les impôts et le loyer de leur appartement!

Les assurés conservateurs

Dans l’ensemble, les assurés se montrent très conservateurs. Ils préfèrent renoncer à toute expérimentation: pas de fixation des primes en fonction des revenus, pas de limitation des prestations du catalogue de base ni de hausse des franchises. En revanche, ils sont 93% à souhaiter ardemment que les médicaments anticancéreux innovants restent accessibles à tous, sur la base d’une décision entre le médecin et son patient, soit sans que les assurances aient leur mot à dire.

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A ce propos, le directeur d’Interpharma, René Buholzer, n’a pas caché qu’il s’inquiète du fait que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne respecte pas le délai légal de 60 jours pour l’admission d’un nouveau médicament sur la liste des spécialités. Face à des traitements qui peuvent coûter jusqu’à 1 million par an, cet office se montre prudent pour éviter toute explosion des coûts. De sorte que ces cinq dernières années (2014-2018), ce délai s’est allongé à 410 jours pour les médicaments dans l’oncologie. «L’accès à l’innovation pour les patients suisses est menacé», craint dès lors René Buholzer. Interrogé, l’OFSP reconnaît que les procédures d’autorisation prennent du retard: «Mais c’est dû à des différends que nous avons avec les entreprises pharmaceutiques concernant l’économicité de ces médicaments», explique-t-il. Prévu dans une ordonnance, ce délai légal de 60 jours n’est plus qu’un vœu pieux compte tenu de la férocité de ce bras de fer.

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