Le maître mot est lâché: Eigenverantwortung. Dans le canton de Zurich, la «responsabilité individuelle» est une nouvelle fois brandie comme arme suprême pour lutter contre la propagation du coronavirus. Vendredi dernier, au moment même où plusieurs cantons annonçaient un durcissement des mesures sanitaires pour juguler la hausse exponentielle des contaminations, Zurich aussi avait rendez-vous avec la presse. Or, à la surprise générale, les autorités cantonales n’ont pas édicté de restrictions supplémentaires, se contentant d’attendre de nouvelles mesures fédérales, qui ont été mises en consultation auprès des cantons et qui devraient être entérinées ce mercredi. «Nous ne voulons pas édicter des règles qui devront à nouveau être adaptées la semaine prochaine», justifiait alors face à la presse la présidente du Conseil d’Etat zurichois, Silvia Steiner.

Dès lors, il est pour l’heure encore possible pour les Zurichois de convier une grande tablée au restaurant, de sortir dans les clubs et discothèques du branché Kreis 5 – à condition de consommer assis –, ou encore d’assister à des rassemblements de plus de 1000 personnes. On ne saura rien des discussions en coulisses qui ont mené à cette décision. Car, en début de semaine dernière, il était pressenti que la ministre de la Santé UDC, Natalie Rickli, durcisse le ton et suive la décision bernoise de limiter à 1000 spectateurs les manifestations sportives. A peine quelques jours plus tard, le discours fut tout autre. En conférence de presse, le socialiste chargé de la Sécurité, Mario Fehr, a même été jusqu’à fustiger les décisions de ses homologues des autres cantons, estimant que «la situation actuelle ne peut pas durer» puisqu’elle conduit à une concurrence déloyale. En renonçant à renforcer son dispositif sanitaire, l’attitude zurichoise pose la question du rôle de l’Etat et illustre sa défiance à imposer des ordres à ses concitoyens.