«Choqué», «ligne rouge franchie»: hier matin, le Valais officiel, que ce soit par Le Nouvelliste ou le chef du Département de l'instruction publique, Claude Roch, disait sa stupéfaction dégoûtée face à la nouvelle provocation du conseiller national UDC Oskar Freysinger (LT du 18 novembre). Son livre de nouvelles publié en allemand donne à voir, entre autres choses, des épisodes pornographiques mettant en scène des musulmans sous la dictature des talibans.

Une preuve de plus que l'UDC valaisanne, plus que toute autre section blochérienne, a fait de l'islamophobie militante un des moteurs de son action. Une dérive qui tient à la fois à la personnalité de Freysinger, qui a toujours fait de l'islam la cible majeure et à l'histoire d'un conservatisme valaisan, nostalgique d'avant1789, et qui ne s'est jamais vraiment résigné à la démocratie.

Si Claude Roch, de qui l'enseignant Freysinger dépend professionnellement, a promis, avant sanction, une expertise «neutre» de l'ouvrage, l'indignation valaisanne prend diverses couleurs. Il y a par exemple les attitudes limpides, telle celle du président des radicaux, Léonard Bender: «Comme laïc militant, je suis bien placé pour affirmer que la liberté religieuse est un de nos droits fondamentaux, et qu'il faut dénoncer les amalgames douteux. Quand certaines personnes multiplient les provocations contre une communauté religieuse sous prétexte que certains de ses membres ont eu des comportements extrémistes, cela ne vise qu'à dresser les communautés les unes contre les autres, à créer de l'insécurité. L'islam est une religion infiniment respectable, et les musulmans qui vivent en Suisse doivent se sentir en parfaite sécurité. Si certains d'entre eux en venaient à être menacés, je serais spontanément à leurs côtés.»

D'autres, tel le député socialiste Gabriel Bender, spécialiste de la sociologie des cultures, se montrent plus nuancés: «On peut d'abord noter chez Freysinger une ignorance crasse et méprisante du monde musulman, l'ignorance, par exemple, de la séparation opaque entre sphère privée et publique. Le sexe à travers la burqa, qu'il évoque, est en fait d'abord une pratique catholique, celle de la fente pratiquée dans la chemise de nuit. Ensuite, Freysinger et les siens ne voient pas que l'affrontement véritable n'a pas lieu entre musulmans et chrétiens, mais à l'intérieur de chacune de ces deux religions entre obscurantistes et démocrates.»

Pour autant, Gabriel Bender estime disproportionnée la réaction face à l'opuscule de Freysinger. De plus, en tant qu'enseignant, salarié par l'Etat, il juge sévèrement l'initiative de Claude Roch: «On doit se poser la question: un enseignant peut-il être anarchiste? raélien? Moi, je pense que oui. Je défends depuis longtemps, personnellement et publiquement, la libéralisation du cannabis, contre la position officielle du Département de l'éducation. A partir du moment où l'on estime qu'un enseignant a le droit de faire de la politique, on doit lui laisser le droit d'exprimer ses idées.»

Encore moins tranchante est, dans cette affaire, la position des responsables du PDC, et notamment du plus exposé d'entre eux, le conseiller d'Etat Jean-René Fournier – dont les décisions ont débouché sur l'expulsion d'imams – qui refuse de se prononcer «sur le cas Freysinger, puisqu'une procédure est en cours, qui concerne mon collègue Claude Roch.» Pas plus que sur l'islamophobie ambiante: «Ce n'est pas à moi de dire ce que l'UDC valaisanne doit penser. Les actes du gouvernement valaisan ont été de refuser des visas ou d'expulser des personnalités qui tenaient des discours extrémistes. C'est encore la population suisse qui fixe les principes régulant notre société, et qui sont les principes de l'Etat de droit. Or il est apparu dans le canton que certains imams contestaient ces principes – je pense à l'égalité entre hommes et femmes, l'interdiction du mariage entre mineurs. Ceux qui n'adhèrent pas à ces principes devraient avoir le courage d'aller vivre ailleurs.» Oskar Freysinger, lui, croisé hier par hasard sur le quai de la gare de Sion, se contentait, hilare devant tant de publicité, de persister et de signer. «Islamophobe? Tant qu'on voudra.»