14 juin

Entre grève et service minimum, le dilemme des métiers féminins

Dans les services où les femmes sont largement majoritaires, les crèches notamment, comment garantir le service minimum lors de la grève des femmes? Entre fermetures d’établissements et aménagements négociés, l’organisation se met en place

Hôpitaux, maisons de retraite, crèches… ces secteurs ont un point en commun: ils sont en large majorité féminins. D’après le Syndicat des services publics (SSP), les femmes représentent 84% des emplois dans les EMS, 75% dans les établissements hospitaliers et même plus de 90% dans les structures d’accueil à l’enfance. Une situation qui pose problème pour la participation de ces femmes à la mobilisation féministe du 14 juin.

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Codirectrice du Centre de vie enfantine de Valency, à Lausanne, où les employées ont voté la grève, Isabelle Sanou détaille comment elle et ses collègues vont s’organiser: «La municipalité soutient la grève en permettant au personnel qui souhaite la faire de s’absenter entre 11h et midi et à partir de 15h, avec priorité pour les femmes. Cependant, un service minimum devra être maintenu pour les familles n’ayant pas d’autres options.»

Appel aux pères

Une réunion d’information a été proposée aux parents sur le sujet. «Avant de leur demander s’ils pouvaient garder leur enfant ce jour-là, il nous semblait important de les informer et d’échanger avec eux autour des enjeux de la grève, ajoute Isabelle Sanou. Cette réunion a permis de partager les raisons de notre mobilisation, d’évoquer les différentes actions qui auront lieu à Lausanne, ainsi que les diverses manières de faire grève.» Certains parents ont découvert ce jour-là l’existence du mouvement du 14 juin, raconte la directrice, alors que d’autres se demandaient déjà comment sensibiliser leur enfant aux questions de l’égalité.

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«Nous cherchons également des solutions pour qu’un maximum de femmes puissent participer aux manifestations, poursuit Isabelle Sanou. Dans certaines institutions, des papas se sont proposés pour aider. Nous sommes aussi en train d’étudier cette proposition, pour voir si elle est applicable.»

Service minimum vaudois, fermeture genevoise

La contrainte du service minimum dans l’accueil de la petite enfance n’est pas la même partout. A la ville de Genève, qui a décidé que ses employées ne subiraient pas de retenue de salaire et proposé aux institutions privées subventionnées d’appliquer la même politique, on s’attend à une forte mobilisation. Frédéric Vallat, directeur du Département de la cohésion sociale et de la solidarité, prévoit que la plupart des structures devront fermer. «Dans le secteur de la petite enfance, les normes d’accueil sont très strictes. Si le personnel n’est pas suffisant, les établissements doivent renoncer à accueillir des enfants.» Un courrier d’information a été envoyé à l’ensemble des parents pour qu’ils prennent leurs dispositions, précise-t-il.

«Au vu du peu d’hommes dans ces instituts et du grand nombre de grévistes prévues, un service minimum est effectivement difficilement envisageable», confirme Valérie Buchs, secrétaire syndicale auprès du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT).

Faible soutien hors des capitales

Autre contraste, la sympathie pour la grève se réduit dès qu’on s’éloigne des capitales cantonales. D’après le SIT, en dehors des villes de Genève et de Carouge, les établissements du reste du canton procéderont à des retenues salariales. Idem dans le canton de Vaud, où crèches et autres lieux d’accueil fonctionnent en réseaux plus ou moins autonomes. «Ce n’est pas encore gagné partout, confirme Maria Pedrosa, chargée de l’accueil à l’enfance au sein du SSP Vaud. Nous sommes encore en discussion sur Yverdon et Nyon par exemple pour obtenir les mêmes dispositions qu’à Lausanne.»

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Dans certains réseaux, même si la grève est autorisée, aucun aménagement n’est prévu. «Les personnes souhaitant faire grève devront récupérer leurs heures, par exemple sur leurs congés», indique Antonietta De Rosa, directrice RH de l’Association régionale d’action sociale (ARAS) Jura-Nord vaudois, qui gère plusieurs réseaux d’accueil de l’enfance notamment sur Orbe et Cossonay. Une décision justifiée selon elle par l’absence de demande venant du personnel, au vu des «conditions de travail favorables dont jouissent nos employés et employées».

Le SSP rétorque que plusieurs revendications spécifiques aux métiers majoritairement féminins ont été déposées: hausse des salaires en comparaison avec des métiers traditionnellement masculins ou mixtes, meilleure reconnaissance du niveau de formation qu’impliquent ces emplois, prise en compte des risques pour la santé, tels sont les principaux points des cahiers de revendications.

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D’autres secteurs comportent de nombreux métiers fortement féminins. A l’hôpital notamment. A la section genevoise du SSP, on précise que la mobilisation est en train de s’organiser dans les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Cependant, de nombreux services étant en sous-effectif, il est difficile de s’absenter pour participer aux manifestations tout en assurant le service minimum obligatoire.

Le syndicat souligne également que des retenues sur salaire sont prévues, conformément aux consignes de l’Etat. Des revendications, spécifiques au secteur, ont par ailleurs été transmises aux HUG pour démontrer la pertinence de la grève.

Dans les EMS, enfin, il peut arriver que le personnel soit entièrement féminin. C’est ce qu’expliquait récemment une employée dans les colonnes du Temps: «Par solidarité entre nous, on ira toutes travailler. Sinon, cela fera du travail supplémentaire pour celles qui restent et mettra en danger la santé de nos résidents. Nous ferons une minute de silence en restant immobiles.»

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