Isabelle Moret pourrait surprendre la gauche le 13 novembre, lors du second tour de l’élection au Conseil des Etats. La conseillère nationale radicale peut rêver de ravir aux alliés roses-verts, pour l’instant largement favoris, l’un des deux sièges vaudois acquis en 2007. La force de frappe de l’UDC – Isabelle Moret fait liste commune avec Guy Parmelin – conjuguée à la mobilisation du PLR, plus le report des voix des partis dits du «centre» – PDC, Verts libéraux, UDF, PEV et PBD – seraient en mesure de bouleverser le résultat d’un scrutin dont l’issue, une fois de plus, se jouera au centre.

Au premier tour, le 23 octobre, les deux sortants ont mis leurs onze concurrents dans le vent. Sur un ticket unique, la socialiste Géraldine Savary (44,5% des suffrages) et le Vert Luc Recordon (42% et des poussières) ont distancé l’UDC Guy Parmelin (27%) et Isabelle Moret (22%). Ces écarts semblent réduire le deuxième tour à une formalité consacrant les deux champions de la gauche face au duo de droite. Le «réflexe légitimiste» des Vaudois, enclins à primer les élus en place, rendrait encore plus improbable l’opération de rattrapage de la part du centre droit.

Pourtant, Isabelle Moret – «Le meilleur espoir de la droite libérale», selon son associé au premier tour Fathi Derder – garde des chances de réussir son pari. Ce qui n’est pas le cas de son colistier. L’hostilité cumulée de la gauche, des centristes et même d’une frange bourgeoise à l’égard de Guy Parmelin condamne le conseiller national UDC.

A l’inverse, le réservoir potentiel de suffrages de la radicale est plutôt fourni. Les libéraux mais également l’UDC ne devraient pas trahir l’élue de 41 ans, qui n’a jamais montré d’animosité à l’égard des démocrates du centre. Le camp modéré (près de 13% de l’électorat) ferait le reste. Ce puzzle de partis, qui ont récolté entre 5% et 1% des suffrages au National, appelle à voter pour elle, ou au pire n’exprime pas de préférence. Au total, Isabelle Moret peut espérer un résultat avoisinant, voire dépassant 52% des suffrages. Ce pourcentage lui permettrait de reconquérir le fauteuil égaré en 2007 par la paire Charles Favre (radical) et Guy Parmelin (UDC), victimes de leur profil trop marqué à droite.

La vice-présidente du PLR national peut en outre compter sur une marge de progression restreinte de ses adversaires. La paire Savary-Recordon a fait quasiment le plein dans son camp. Les deux pourront empocher la dot de la gauche de la gauche, sortie affaiblie par le scrutin du 23 octobre (4%), et ce sera tout. Pour réussir à conserver leurs sièges, Géraldine Savary et Luc Recordon doivent impérativement persuader les centristes, voire quelques radicaux-libéraux, de cocher leur liste comme au premier tour, sinon davantage. Le score de la socialiste et du Vert s’établirait alors entre 50 et 52%.

La partie risque donc d’être serrée et bien plus ouverte qu’attendu. Il y a quatre ans, la droite avait stagné au deuxième tour après avoir présenté une liste commune dès le premier. Le centre avait massivement dérouté ses voix sur les candidats de la gauche, leur assurant un triomphe historique, 55% contre 40%. Du jamais-vu dans le canton de Vaud. Les rôles pourraient s’inverser cette année. En tout cas pour l’un des sièges.

A gauche, on reconnaît que le scénario est «possible mais très improbable». «Sa réalisation, analyse le géographe Pierre Dessemontet, demande une forte mobilisation, de la discipline et le vote compact du centre. Des conditions difficiles à concrétiser.» L’élu PS d’Yverdon-les-Bains souligne en outre que les abstentions favoriseront la gauche.

A droite, on veut croire au miracle. «En théorie, se persuade Christelle Luisier Brodard, les chiffres nous laissent une chance.» Isabelle Moret n’aura pas besoin de se «droitiser» pour attirer les voix de l’UDC, jure la présidente des radicaux. Elle souligne par contre qu’il faudra motiver et convaincre l’électorat centriste. Pour ce faire, la campagne du deuxième tour insistera beaucoup sur le «déséquilibre» actuel au Conseil des Etats. «Géraldine Savary et Luc Recordon sont à gauche de la gauche», prétend Christelle Luisier Brodard. «Leurs votes à Berne le prouvent.» Du coup, «ils ne représentent pas tous les Vaudois».

«Géraldine Savary et Luc Recordon ne représentent pas tous les Vaudois»