La fonction publique fait les yeux doux aux jeunes pères. Mardi soir, la majorité rose-rouge-verte du parlement de la Ville de Lausanne a accepté une motion de la socialiste Elisabeth Wermelinger allongeant le congé paternité de ses collaborateurs de 6 à 20 jours payés. «Lausanne devient ainsi l'administration publique la plus généreuse de Suisse», s'enthousiasme la conseillère communale Florence Germond (PS).

Hier, c'était au tour des députés fribourgeois de débattre du sujet. Au final, le Grand Conseil a accepté une motion radicale portant ce même congé à 5 jours (au lieu de deux actuellement) pour les employés de l'Etat. La gauche a même tenté de doubler le chiffre, mais sa proposition a été balayée. Trop cher, estime la droite.

Attractivité à maintenir

La démarche lausannoise visait à «mieux concilier la vie professionnelle et familiale». Idem à Fribourg. Le député Charly Haenni (PLR), coauteur de la motion, estime en outre qu'une telle mesure permet de maintenir l'attractivité de l'Etat-employeur, à l'heure où l'économie privée généralise les congés paternités (voir infographie).

Thomas Daum, directeur de l'Union patronale suisse, voit d'un œil circonspect cette évolution, qui semble s'accélérer depuis que la conseillère fédérale Doris Leuthard a imposé cette thématique, il y a un peu plus d'un an. «Les collectivités publiques, en tant qu'employeurs, peuvent effectuer les choix qu'elles souhaitent. En revanche, l'Union patronale suisse est formellement contre la généralisation du congé paternité, car cela augmenterait les charges de nombreuses entreprises», indique-t-il.

Le conseiller national socialiste vaudois Roger Nordmann - époux de Florence Germond - avait tenté d'inscrire le congé pour les jeunes pères dans la législation fédérale, mais son projet a été refusé par les Chambres. Il se réjouit de voir que les collectivités publiques prennent ce cap: «Ça répond à un besoin. Les grandes entreprises, les cantons, les communes s'y mettent, mais pas les PME, qui ont peur de perdre de l'argent. C'est pour ça qu'il faut trouver une solution au plan national, mettant tous les travailleurs du pays sur un pied d'égalité.»

600000 francs de plus

Justement, quel est le coût de ces jours de vacances en plus? A Lausanne, dont l'administration occupe 3919 équivalents plein-temps, on estime que les nouvelles dispositions, qui pourraient concerner 80 personnes, augmenteront les charges de la Ville de 600000 francs au maximum. Mais, en fonction du nombre réel de nouveaux pères, le montant devrait plutôt avoisiner les 300000 francs. A Fribourg, l'Etat (qui compte 9186 équivalents plein-temps) table sur un coût supplémentaire annuel de 270000 francs.

La radicale Thérèse de Meuron, membre du parlement de Lausanne, a combattu en vain la proposition socialiste. «Je comprends qu'on veuille concilier vie familiale et professionnelle, mais ce n'est pas ainsi qu'on y arrivera. C'est une mesure ponctuelle, qui ne résout rien pour la suite. Et pourquoi 20 jours? C'est excessif et totalement arbitraire. Du reste, le Grand Conseil vaudois a refusé en janvier une motion similaire», note-t-elle.

Au Grand Conseil fribourgeois, le débat a pris une tournure amusante. Portée par deux radicaux, la proposition a été boudée par leur camp. Elle sera finalement acceptée grâce à l'appui décisif du PDC, qui a soutenu la gauche. Au grand dam du Conseil d'Etat qui, s'il approuvait le principe, en refusait la forme. Plutôt que de modifier la loi sur le personnel, il aurait préféré agir par un simple règlement, solution lui permettant de fixer à sa convenance le nombre de jours de congé (payés ou non).

Le député Jean Bourgknecht a remis l'église au milieu du village, au nom du groupe PDC: «La Confédération a fixé un congé de cinq jours. Cela paraît raisonnable. Ce qui est possible à Berne doit aussi l'être à Fribourg.» Battu, le gouvernement cantonal a pris acte. Mais face aux audaces lausannoises, il estimera sans doute que la pragmatique solution retenue par le Grand Conseil est un moindre mal.