D'un coup, les trains se sont arrêtés. Il a fallu les remorquer pour permettre aux voyageurs bloqués de descendre sur les quais. Tôt vendredi matin, à l'entrée est de la gare de Morges, une première ligne électrique de contact, puis une deuxième, une demi-heure plus tard, ont été endommagées. Jean-Louis Scherz, porte-parole des CFF, invoque le «hasard» pour expliquer la double panne qui a interrompu la circulation entre Lausanne et Genève pendant plus de deux heures. Et incommodé plus de 10000 personnes.

Complexité et fragilité relative du système d'alimentation: «De temps à autre, il peut arriver qu'une ligne subisse des dommages», explique Jean-Louis Scherz. Le câble doit à la fois faire preuve de «rigidité et de souplesse» afin de supporter la pression du pantographe qui transmet le courant à la locomotive. Pour l'heure, admet-il, impossible de dire ce qui s'est passé. Mais on exclut la chute d'un corps étranger sur la ligne. Tout autant que le mauvais état du matériel: il est entretenu régulièrement, confirme Jean-Louis Scherz, suivant les normes «nombreuses et contraignantes» édictées par l'Office fédéral des transports (OFT).

Isoler le tronçon touché

Une première voie a été remise en service vers 10h30. Ensuite, dès 15h00, l'exploitation a repris plus ou moins normalement dans les deux sens. Les passagers, plutôt blasés à entendre certains témoignages, ont pris leur mal en patience. Les annonces déversées par les haut-parleurs des CFF fournissaient par bribes les informations attendues. Ils ont ainsi appris qu'un Regio-Express faisait la navette entre Genève et Allaman. Que des bus pouvaient les conduire jusqu'à la gare de la capitale vaudoise. D'où les trains s'élançaient comme d'habitude aux quatre coins du pays.

Les CFF précisent qu'il s'agit d'«isoler le tronçon touché du reste du réseau». Il faut éviter qu'une panne locale ne paralyse l'ensemble du système. En gros, vendredi, partout ailleurs qu'entre Lausanne et Genève, ligne «dépourvue d'alternative», les trains assuraient les liaisons habituelles. Les CFF ont également distribué des bons pour les taxis en direction de l'aéroport de Cointrin, par exemple. Le trajet Lausanne-Genève se négociait à 220 francs, selon une journaliste de la RSR.

S'inviter au débat

La panne contrarie quelque peu le bel effet du nouvel horaire des CFF annoncé jeudi. Les unes réjouies des quotidiens ouverts sur les quais de Morges, Nyon ou Genève contrastaient singulièrement avec l'absence de trains sur les voies. Jean-Louis Scherz souligne «l'ironie du sort», qui ne devrait cependant pas réduire à néant les efforts consentis pour pallier les limites du réseau actuel.

En effet, le nouvel horaire améliore le sort des pendulaires romands avec des cadences resserrées et des convois plus fournis. Toutefois, il diffère à peine, sans la résoudre, «la saturation» qui menace, notaient les responsables des CFF au moment de la diffusion de la grille pour 2009.

Une manière comme une autre pour les CFF de s'inviter au débat parlementaire sur le développement ferroviaire prévu au Conseil des Etats lors de la session d'été des Chambres fédérales, qui démarre lundi prochain.

Le 3 juin, les sénateurs feront un état des lieux complet des développements futurs des chemins de fer helvétiques. Le désormais célèbre ZEB, qui prévoit d'investir un peu plus de 5 milliards dans les projets laissés en suspens par Rail 2000, sera l'objet de toutes les attentions et de toutes les pressions. A la lumière notamment des difficultés financières générées par les surcoûts du tunnel de base du Gothard. Le Conseil d'Etat évaluera la proposition de financement des extensions prioritaires du réseau élaboré par l'OFT dont a été écartée, parmi d'autres, la troisième voie entre Renens et Allaman.

Le débat ravivera, si besoin était, polémiques et controverses sur l'action des cantons romands et de leurs représentants à Berne dans ce dossier sensible. Les comparaisons entre l'activisme d'autres régions pourraient mettre en évidence une certaine passivité de ce côté-ci de la Sarine, malgré un regain de combativité ces derniers temps, notamment dans le canton de Vaud. Après le Comité du Gothard, qui réunit des cantons de Suisse centrale et du nord-ouest, voici une alliance de villes qui comprend Lucerne, Saint-Gall, Zoug, Zurich et Winterthour. L'un et l'autre défendent leurs besoins ferroviaires avec force. Alors que Ouestrail, porte-voix des intérêts de Suisse occidentale, semble plutôt en retrait.

Si la panne de vendredi semble à première vue sans rapport avec l'actualité des transports, elle accuse, une fois de plus, la fragilité d'un réseau à la limite de ses capacités.