VAUD

Entre Mgr Pierre Bürcher et la Fédération des paroisses catholiques vaudoises, une lutte de pouvoir

L'évêque vaudois, qui pourrait être déplacé, n'apprécierait pas la marge de manœuvre restreinte que lui impose la Fédération dans certains domaines. D'un côté comme de l'autre, les personnes en place auraient des idées totalement différentes sur la question de la gestion de l'Eglise

Dans les milieux ecclésiastiques, du moins au niveau officiel, la loi du silence continue à prévaloir concernant un éventuel déplacement de Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Selon nos informations, l'évêque, qui entretient de mauvaises relations avec la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud, pourrait être démis de ses fonctions (LT du 09.06.2004). Mais ni Mgr Pierre Bürcher, ni Mgr Bernard Genoud, ni les membres de la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud ne tiennent à s'exprimer sur ce sujet avant une conférence de presse agendée lundi prochain par l'évêché de Lausanne, Genève et Fribourg. Nicolas Betticher, porte-parole de Mgr Genoud, n'a cependant pas infirmé les informations du Temps. Mais il se refuse à tout commentaire avant cette conférence de presse.

D'après nos sources, seraient en cause une lutte de pouvoir, qui porterait sur le partage des compétences entre l'évêque vaudois et la Fédération, ainsi qu'un conflit de personnalités. «Structurellement, tout est mis en place dans le canton de Vaud pour qu'il y ait conflit, explique Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève. L'autorité ecclésiastique y est bicéphale. D'un côté, il y a l'autorité de l'évêque, et de l'autre celle la Fédération. Celle-ci est un organe administratif et financier qui fait le lien entre l'Etat et les prêtres. Quant à Mgr Bürcher, il gère les questions pastorales. Cette structure bicéphale est unique en Suisse. Il peut donc se produire des tiraillements au sujet des compétences respectives de chacun.»

En effet, lorsque Mgr Bürcher a besoin d'argent pour réaliser un projet pastoral, il doit s'adresser à la Fédération, qui tient les cordons de la bourse. Mais celle-ci n'est pas toujours prête à lui donner ce dont il a besoin. En guise d'exemple, Mgr Bürcher a demandé une fois à pouvoir engager deux assistants pastoraux pour l'aider dans sa tâche, mais la Fédération a refusé sa requête. «La tendance de la Fédération est de vouloir contrôler la marche de l'Eglise, explique un prêtre qui souhaite rester anonyme. Mgr Bürcher a donc parfois essayé de contourner la Fédération, et celle-ci n'a pas apprécié.» D'un côté comme de l'autre, les personnes en place auraient des idées totalement différentes sur la question de la gestion de l'Eglise. Les tensions étaient telles, à un moment donné, avec le comité de la Fédération qu'un adjoint a été nommé pour assurer le lien entre Mgr Bürcher et le comité.

D'autre part, Mgr Pierre Bürcher ne s'est pas fait des amis parmi les prêtres aux idées progressistes. Très traditionaliste, il est un peu considéré comme le porte-parole du pape dans le canton de Vaud. «Il a un caractère autoritaire, mais il n'a aucune autorité naturelle et il n'a jamais dit une parole originale, explique une source proche des milieux ecclésiastiques. Sa grande prophétie c'est: «le pape a dit que...» «Mgr Bürcher a du courage et de l'endurance. Il est très strict sur la doctrine et la liturgie, dit un prêtre. Il a pris des décisions contre des curés qui avaient dérapé dans ces domaines, et certains lui en veulent.» «Mgr Pierre Bürcher est certes un homme de foi et de prière, mais il est aussi introverti, entêté, et il peut être un peu borné», explique un autre prêtre, qui souligne par ailleurs que Pierre Bürcher était très apprécié dans la paroisse de Saint-Jean lorsqu'il y était encore simple curé.

Parmi les reproches qui lui sont faits, il est question d'un manque d'écoute et de discernement, d'une certaine rigidité, ainsi que d'un ego trop développé. L'abbé Michel Schoeni de Lausanne ne reconnaît pas son évêque dans ce portrait: «Pierre Bürcher a un excellent contact avec les prêtres du canton et il est adoré par les jeunes. Par ailleurs, c'est un homme timide et modeste.»

Autre sujet de mécontentement: Mgr Bürcher aurait déplacé des personnes compétentes qui lui faisaient de l'ombre à des postes de moindre importance. Par exemple Claude Ducarroz, son ancien rival, puisqu'il avait aussi été pressenti pour devenir évêque à Lausanne avant que le choix ne se porte sur Pierre Bürcher. Claude Ducarroz, actuel directeur de l'Ecole de la foi à Fribourg, était curé de la paroisse Notre-Dame à Lausanne lorsque Mgr Bürcher lui a demandé en 1997 de quitter son poste pour devenir prêtre auxiliaire à la paroisse de Vevey. «J'ai accepté sa proposition, que je n'ai personnellement pas ressentie comme un déclassement, explique Claude Ducarroz. Sincèrement, ça ne m'a posé aucun problème.» Cependant, des collègues de Claude Ducarroz n'ont pas vu les choses ainsi. Pour eux, l'évêque se débarrassait d'un homme apprécié et dont les qualités étaient largement reconnues.

Pierre Bürcher a été nommé évêque auxiliaire en 1994 par Mgr Pierre Mamie, évêque émérite de Lausanne, Genève et Fribourg, deux ans avant que ce dernier ne prenne sa retraite. «C'était une erreur, concède Claude Ducarroz. Un évêque en partance n'impose pas son choix à son successeur. Il aurait dû nommer un vicaire en attendant que son successeur choisisse lui-même son auxiliaire. Si un problème surgit par exemple avec l'auxiliaire, le successeur n'a pas la possibilité d'envoyer son subordonné dans un autre diocèse, du moins pas en Suisse.»

Il semble bien que des tensions existent entre Mgr Genoud et son auxiliaire vaudois, et d'une manière plus générale entre les prêtres favorables à Mgr Bürcher et l'évêque du diocèse. «Ce qu'on reproche à Mgr Bürcher, je le reproche moi à Mgr Genoud, dit un prêtre qui préfère garder l'anonymat. C'est vrai que Mgr Bürcher a pris parfois des décisions à la hussarde, mais elles lui avaient été imposées par Mgr Genoud. Avec Mgr Bürcher, au moins, on peut parler. Mgr Genoud, lui, laisse barboter des prêtres qui ont fait appel à lui dans des situations de crise. C'est difficile de lui parler.»

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