Genève

Entre philanthropes et responsables politiques, les relations s'améliorent

Les mécènes privés rêvent de jouer un rôle central dans les projets d’infrastructure et les politiques sociales. Une ambition parfois mal vue de l’Etat

A Genève, les ambitions des philanthropes se sont démultipliées en quelques années. Non seulement ils financent de très gros projets d’infrastructure – surtout la Fondation Wilsdorf –, mais ils rêvent de faire émerger de nouvelles politiques publiques innovantes et à moindre coût.

Trois exemples reviennent systématiquement: la prise en charge du handicap, financée par des dons privés avant d’être reprise par le canton; le projet de formation et de placement Jeunes@work, financé notamment par le banquier Patrick Odier et qui intéresse la Confédération; la prise en charge des requérants mineurs isolés dans un centre flambant neuf à la Praille grâce à un groupe de mécènes, dont Yann Borsgtedt, la banque Pictet, Trafigura et la Fondation Gandur.


 

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La crise de 2013

Peut-on aller plus loin, mettre les donateurs privés au cœur des politiques publiques? Pas si simple. Car, à Genève, les rapports entre mécènes et Etat ont longtemps été tendus.

Une crise a même éclaté en 2013, quand le canton a enterré un projet ambitieux d’extension du bâtiment de physique de l’Université à la Praille, que voulait soutenir la Fondation Wilsdorf. «Les fondations se sont senties maltraitées, il y a eu beaucoup de frustrations», confirment deux connaisseurs de l’incident.

Les échecs du projet Blue Brain à la Jonction (2010) et du nouveau Musée d’art et d’histoire (2016), tous deux soutenus par des mécènes, ont aggravé la situation. «Les milieux politiques […] ont tendance à se sentir court-circuités par certaines initiatives des fondations», constatait le grand mécène genevois Yves Oltramare en 2013.

«Souvent, les membres de l’administration nous font comprendre que nous nous occupons de questions qui, de leur point de vue, ne nous regardent pas», renchérissait le directeur de sa fondation, Jean-François Labarthe, dans une interview publiée par l’association faîtière Swissfoundation.

Tout le monde a compris qu’il faudra recourir à des fonds privés pour maintenir le niveau des prestations publiques

David Hiler, ancien ministre genevois des Finances

Si Genève n’a jamais élaboré de plan d’encouragement de la philanthropie, c’est aussi à cause de ces mésententes. Et l’administration fiscale demeure réticente à étendre les privilèges fiscaux des fondations et des donateurs privés (qui peuvent déduire jusqu’à 20% de leurs revenus des impôts chaque année en les donnant à des causes d’intérêt public).

«Il y avait des préjugés entre les fondations et l’Etat, admet la chancelière Anja Wyden Guelpa. Les fondations déploraient la lourdeur des prises de décision de l’Etat. L’Etat et les élus avaient parfois peur que l’argent privé contourne les choix démocratiques.»

Des financements «naturels»

Mais les relations entre Etat et philanthropes se sont apaisées depuis 2013. Le canton de Genève publie une liste des projets rendus possibles grâce aux mécènes, même si le nom de ces derniers reste en général secret. Des réunions régulières ont lieu pour associer les fondations aux grands projets de l’Etat.

«Aujourd’hui, ces financements sont considérés comme naturels, constate l’ancien ministre des Finances David Hiler. Tout le monde a compris qu’au moment où l’Etat a moins d’argent, il faudra recourir à des fonds privés pour maintenir le niveau des prestations publiques.»

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Repenser la philanthropie

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