Diabolisés, idéalisés, redoutés ou adulés, les Etats-Unis ne laissent personne indifférent, et surtout pas les élus fédéraux. Passionnés, intéressés ou tout simplement concernés ou consternés par la politique américaine, plusieurs politiciens de droite et de gauche ont pris le parti de faire un pas vers ce pays en adhérant au groupe parlementaire Suisse-Etats-Unis. L'Amérique fascine ou révolte, les sentiments sont partagés selon la portion de l'arc de cercle qu'occupent les politiciens sous la Coupole. Tous s'accordent cependant sur un point: la patrie de George W. Bush s'impose comme une pièce maîtresse de la politique mondiale.

«Intérêts convergents»

«Les Etats-Unis sont un partenaire incontournable pour la Suisse», assure le libéral vaudois Claude Ruey, qui juge bon de préciser qu'il est loin de faire partie des «anti-américanistes primaires». Une attitude qui se nourrit d'ailleurs souvent d'ignorance selon lui. «Ce pays est issu de l'Europe et il ne faudrait pas qu'il s'en éloigne trop», argue le politicien. Cette affection «historique et sentimentale» pour l'Amérique transpire également des propos du PDC fribourgeois Urs Schwaller. «La Suisse a besoin des Etats-Unis. Nous avons des intérêts et des responsabilités convergents.» Et le conseiller aux Etats de faire remarquer que seule la connaissance mutuelle permet la collaboration.

Dans le camp de gauche, le besoin de coopérer est lui aussi évoqué, mais pour d'autres raisons. «Les Etats-Unis sont un danger pour le monde», vitupère le socialiste bernois Paul Günter, tout en martelant que c'est pour cela que le groupe parlementaire doit soigner ses contacts avec ce gouvernement. Pour son collègue Remo Gysin, ce groupe est une vitrine pour communiquer et montrer que la Suisse est un pays aux opinions variées. «Parmi les élus, nous avons tous des intérêts différents. Il n'y a pas que les banques et le commerce», assure le Bâlois, qui entend bien profiter de la voie parlementaire pour apporter sa vision critique des Etats-Unis.

Du côté de l'aile dure de l'UDC, les propos sont plus encenseurs vis-à-vis du pays à la bannière étoilée. «Un modèle d'avenir pour la Suisse», assure Ulrich Schlüer. La liberté d'entreprendre, l'engagement personnel et l'interventionnisme minimum de l'Etat donnent des idées de réforme au Zurichois, qui souligne l'importance des rapports américano-suisses, notamment sur le dossier du secret bancaire. Les milieux économiques et de la recherche seraient, eux aussi, disposés à plagier le croquis américain. Conseiller national radical et membre de Novartis, le Bâlois Johannes Randegger se laisse volontiers inspirer par le système de recherche et de formation d'outre-Atlantique. Ce docteur en chimie a fait ses premières armes au pays de l'Oncle Sam et y a gardé de nombreux réseaux professionnels. Il importerait volontiers en Suisse la spécificité américaine qui consiste à dissocier science et Etat. Toujours en contact avec les Etats-Unis de par ses activités au sein du géant pharmaceutique bâlois, Johannes Randegger a eu l'occasion de tisser des liens étroits avec la Commission de la recherche, de la science et de la formation américaine et avec les Universités de Yale, de Californie et de Harvard.

Passionnés

Et puis, au milieu de tous ces intérêts philosophiques, politiques ou économiques, il y a aussi les passionnés. Des passionnés «made in Vaud» comme l'UDC Guy Parmelin qui raconte avec enthousiasme qu'il n'a jamais loupé une élection américaine depuis 1976. «Je passe la nuit devant ma télévision, sous la couverture, en attendant les résultats.» Pour l'élu de droite, les Etats-Unis c'est un pays fait de contradictions, mais qui a su intégrer différentes cultures. C'est aussi un voyage inoubliable entre New York, Miami et Washington, lorsqu'il avait 26 ans.

Et à tous ceux qui pensent que ce groupe parlementaire ne permet pas d'actions concrètes, Urs Schwaller répondra: «Tout ce que l'on entreprend doit-il forcément être utile?» Ce n'est pas Guy Parmelin qui répondra non. Celui-ci se verrait d'ailleurs bien manœuvrer via le groupe pour tenter d'exporter certains produits suisses outre-Atlantique. Du vin vaudois par exemple…