C’est l’un des rares bons élèves aux yeux de la Suisse en matière migratoire. La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter était mardi au Nigeria pour louer le partenariat migratoire avec le pays le plus peuplé d’Afrique. Cette coopération fêtait ses 10 ans. De quoi justifier la visite de la ministre suisse chargée du Département de justice et police à Abudja. Berne a conclu des partenariats migratoires similaires avec cinq autres pays: la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Kosovo, le Sri Lanka et la Tunisie.

Cette collaboration avec le Nigeria avait commencé à la suite d’un événement tragique: la mort en mars 2010 d’un Nigérian à l’aéroport de Zurich alors qu’il allait être expulsé. Les vols spéciaux à destination du Nigeria avaient ensuite été suspendus. Pour convaincre les Nigérians de continuer à reprendre leurs ressortissants, la Suisse avait élargi sa coopération migratoire avec les autorités d’Abudja.

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Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’expulsions mais aussi d’aide au retour, de prévention de la migration irrégulière ainsi que de lutte contre la traite, en particulier des Nigérianes par des réseaux de prostitution. Les projets financés par la Suisse dans ce cadre, une cinquantaine depuis dix ans, se monteraient à 1 million de francs par an.

Des affaires florissantes

Les deux pays y trouvent apparemment leur compte. La Suisse se félicite du nombre très bas de demandes d’asile provenant du Nigeria. S’il y en avait encore 2746 en 2012, on n’en comptait plus que 172 en 2020. Le Nigeria n’était plus qu’en douzième place des principaux pays d’origine des requérants d’asile, claironne-t-on à Berne.

«La réduction des demandes d’asile n’est pas un but en soi, tempère Alicia Giraudel, juriste chargée des réfugiés pour Amnesty International. La situation du Nigeria est très inquiétante. Le nord du pays est le théâtre d’un conflit avec le groupe terroriste Boko Haram. Le centre est miné par l’instabilité. Le Nigeria compte plus de 2 millions de déplacés internes. Même si la Suisse est devenue moins attractive, les Nigérians viennent toujours autant en Europe.»

Quant au Nigeria, il fait des affaires florissantes avec la Suisse. En 2019,selon les statistiques les plus récentes d’Avenergy (anciennement l’Union pétrolière), plus d’un tiers du brut importé en Suisse venait du Nigeria. Le pays africain était ainsi le premier fournisseur de la Suisse. Grâce au pétrole, la balance commerciale du Nigeria avec la Suisse est largement excédentaire.

La Suisse «très restrictive»

Mais le Nigeria ne se contente pas de ses liens économiques privilégiés avec la Suisse. En janvier dernier, la Commission fédérale des migrations, qui a passé le partenariat avec le Nigeria à la loupe en se rendant elle-aussi sur place constatait: «Les représentants du gouvernement nigérian, comme les acteurs de la société civile interrogés, souhaitent que les relations économiques entre les deux États soient mises à profit pour ouvrir à leurs ressortissants des voies de migration légale. Mais en l’état, la politique migratoire de la Suisse, qui prévoit des conditions d’admission très restrictives pour les travailleurs qualifiés d’États tiers [hors de l’espace Schengen, ndlr] ne permet pas d’accéder à ce souhait.»

Les possibilités d’entrée en Suisse sont d’autant plus réduites à cause de la pandémie. A de rares exceptions près, il est impossible aux Africains de déposer des demandes de visas pour la Suisse, une politique conforme à ce que pratiquent les autres pays européens de l’espace Schengen. Dans ces conditions, il apparaît difficile de développer des partenariats migratoires avec d’autres pays africains.