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Entre la Suisse et le Portugal, le marché noir des voyages en fourgon aménagé

Dans le centre de la France, douze Portugais de Suisse romande ont perdu la vie vendredi dernier. L'accident tragique révèle les moyens de transport précaires et souvent illégaux utilisés par une partie de la diaspora pour retourner au pays

Pressés et attirés par des petits prix, des milliers d'émigrés portugais utilisent chaque année sur des moyens de transport précaires, voire illégaux, pour rentrer au pays. Certains y laissent la vie, comme les douze passagers d'un fourgon accidenté en France vendredi dernier dans le centre de la France, tous des Portugais résidant en Suisse romande. 

Le véhicule, qui a percuté de plein fouet un poids lourd venant en sens inverse, «n'était pas adapté par nature pour le transport collectif», avait constaté le procureur de la République de Moulins, Pierre Gagnoud, évoquant l'hypothèse d'un «aménagement artisanal» avec des «sièges de fortune». Le fourgon ne pouvait normalement transporter que six passagers, et le conducteur, seul survivant du drame, n'avait que 19 ans, alors que l'âge minimum pour le transport de voyageurs est de 21 ans.

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Colère au Portugal

Au Portugal, cette tragédie a provoqué une vive émotion où le président de la sécurité routière José Miguel Trigoso n'a pas hésité à comparer les organisateurs de ces voyages clandestins aux passeurs qui «proposent des bateaux à des réfugies pour traverser la Méditerranée». «Que des gens vendent ce type de service tout à fait illégal est un mystère absolu pour moi, ils sont sans aucun scrupule», a-t-il asséné.

Quelque 485 000 Portugais ont quitté le pays ces quatre dernières années pour échapper à la crise économique, un exode qui dépasse la grande vague d'émigration des années 60. 262 000 Portugais vivent en Suisse. Et toujours plus d'émigrés de ce pays optent pour ce genre de voyages périlleux quand il s'agit de passer quelques jours de vacances au pays, au grand dam des transporteurs légaux.

Marché noir des fourgons

Quelles sont leurs motivations? La rapidité et le côté pratique d'abord. «On les dépose devant leur porte, ils ont droit à plus de bagages et c'est plus rapide car ces conducteurs ne respectent pas les limitations de vitesse comme nous», explique Adelino Dias, patron de Viagens e Turismo Castrense, un opérateur d'autocars dans le nord du Portugal.

Nous avons tous commencé de la même manière, au marché noir

Sans parler évidemment des prix. «C'est un vrai scandale, ils nous volent nos clients. Ils peuvent offrir des prix plus bas, car ils n'ont pas de charges et ne paient pas d'impôts, c'est de la concurrence déloyale à la Uber», s'emporte-t-il, faisant référence à la société américaine de chauffeurs privés. Et en cas de contrôles? «Ils disent qu'ils font une excursion en famille ou entre amis», assure M. Dias, 40 ans, qui déplore «le manque de surveillance aux frontières».

Transporteurs sans licence

Pour parcourir les quelque 1600 kilomètres qui séparent son siège, à Castro Daire, de Genève, cette entreprise familiale facture autour de 130 euros (140 francs) par passager et emploie jusqu'à trois chauffeurs qui se relaient toutes les quatre heures, avec des temps de pause obligatoires. La concurrence illégale, elle, «a recours à un seul conducteur qui roule toute la nuit, sans interruption», renchérit Michel Ferreira, 43 ans, fondateur de l'entreprise Calvario e Samar, également dans le nord du pays.  

La concurrence a recours à un seul conducteur qui roule toute la nuit, sans interruption

Selon lui, environ 75% des trajets entre la Suisse et le Portugal sont assurés par des transporteurs sans licence «qui collent leurs affiches dans des cafés fréquentés par des émigrés». «Mais nous avons tous commencé de la même manière, au marché noir», avoue-t-il. Un terrible accident il y a 25 ans subi par son patron de l'époque, que l'assurance a refusé de prendre en charge, l'a motivé à légaliser son activité et créer sa propre entreprise: «Il était temps que cela s'arrête!.»

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