A Veysonnaz, Jean-Marie Fournier décide de tout et possède à peu près tout. Longtemps, les activités des remontées mécaniques de la station se sont confondues avec celles de sa société, baptisée VIP. La seconde louait les infrastructures de la première pour un forfait fixe d’environ deux millions de francs annuels. Ce vendredi, dans le salon boisé et feutré du Chalet Royal, quartier général du promoteur, soixante-cinq actionnaires de Téléveysonnaz ont plébiscité la fusion de leur société avec les remontées mécaniques voisines de Nendaz. Sur ses terres, Jean-Marie Fournier a obtenu 98% des voix.

Depuis longtemps, le promoteur et la société Téléverbier se disputent le contrôle du domaine des Quatre Vallées, le plus grand du pays, capable de générer près de deux millions de journées de ski par année. Actionnaire principal de Thyon, Téléverbier tient les deux extrémités des pistes, pendant que Jean-Marie Fournier tient le centre, Veysonnaz et Nendaz. Par le passé, plusieurs bras de fer ont miné les accords fragiles qui réglementent la collaboration des quatre sociétés.

Téléverbier s’oppose à une fusion à deux au sein des Quatre Vallées

Détenteur historique de plus des deux tiers des actions de Téléveysonnaz, Jean-Marie Fournier a mis la main sur un peu plus de la moitié du capital de Télénendaz en 2008, rachetant des actions que Téléverbier convoitait aussi. Pour finaliser son plan, et fusionner les deux sociétés, il lui faudra désormais convaincre les deux tiers des actionnaires de Télénendaz, qui se réuniront le 6 mai prochain. Dans l’intervalle, le promoteur mène une campagne active pour s’assurer des soutiens nécessaires. La commune de Nendaz l’a déjà assuré de son soutien.

Vendredi prochain, Jean-Marie Fournier affrontera néanmoins une assemblée autrement plus hostile. Détenteur de 13,47% des actions de Télénendaz, Téléverbier a déjà annoncé son intention de s’opposer à la fusion. Son conseil d’administration milite pour une fusion plus ambitieuse, qui réunirait les quatre sociétés du domaine des quatre Vallées. Le promoteur juge cette attitude «irresponsable et inélégante». Sur tous les tons, il répète: «une fusion à deux aujourd’hui n’exclut pas une fusion à quatre demain».

Des petits actionnaires accusent le promoteur de s’enrichir personnellement

L’opposition de Téléverbier a suscité l’espoir de ceux qui souhaitent encore faire échouer une fusion programmée. Nouvel obstacle au projet, des actionnaires minoritaires de Télénendaz se regroupent pour faire entendre leur voix. Ils estiment que l’échange d’actions est inéquitable. Selon eux, le promoteur appauvrit la nouvelle société, et favorise Téléveysonnaz au détriment de Télénendaz. Pire, «Jean-Marie Fournier tire des avantages particuliers de cette fusion».

Ces derniers mois, trois opérations ont été réalisées entre les deux sociétés contrôlées par le promoteur, «pour les détricoter avant la fusion». Pour trois millions de francs, VIP a vendu 300 places de parc à Téléveysonnaz. A l’inverse, cette dernière a cédé trois restaurants à Jean-Marie Fournier pour une somme identique. Elle s’est aussi engagée à verser une indemnité de rupture de bail à la société VIP. Il lui en coûtera 1,4 million de francs qui incluent aussi des rachats de matériel.

Je ne m’enrichis pas personnellement dans le processus

Autrement dit, la société issue de la fusion héritera de parkings qui sont gratuits pour les usagers. Par contre, le promoteur conserve les restaurants et leurs recettes. Jean-Marie Fournier soutient que «ces transactions servent l’intérêt général». Pour lui, «ces places de parcs sont nécessaires à la nouvelle société», et «VIP a besoin de moyens pour assurer la fréquentation de Veysonnaz». En rappelant que deux grandes fiduciaires ont validé le rapport de fusion, il martèle: «je ne m’enrichis pas personnellement dans le processus».

Malgré tout, ses détracteurs parlent de «racket». Ils persistent à penser que le promoteur a acquis des établissements rentables à bas prix, et vendu des parkings surestimés à la nouvelle société. Depuis fin mars, ils analysent les documents nécessaires à la fusion, qu’ils jugent «lacunaires». Ils exigent de pouvoir consulter les comptes de pertes et profits de Téléveysonnaz. La société refuse, parce que «la loi sur les fusions ne l’oblige pas». Désormais, ils entendent saisir la justice.