C'est un dossier stratégique vital pour le canton de Neuchâtel: quel type de transports publics proposer sur l'axe ombilical du canton, entre le Haut et le Bas? Le Grand Conseil en débat ce mercredi. Il choisira entre un métro souterrain estimé à 400 millions de francs et une amélioration de l'actuelle ligne ferroviaire, sur laquelle pourraient circuler des «trams-trains».

Depuis 1994 et l'ouverture du tunnel autoroutier sous La Vue-des-Alpes qui met Neuchâtel à un quart d'heure de La Chaux-de-Fonds, le train n'est plus concurrentiel. Héritage du XIXe siècle, le rail impose, entre deux gares situées à 14 kilomètres à vol d'oiseau mais à une différence d'altitude de 500 mètres, un «voyage» de 30 kilomètres, avec un crochet par l'ouest pour absorber la pente et un rebroussement à Chambrelien. Les pendulaires privilégient évidemment la route: 22 000 déplacements quotidiens en voiture contre 2750 en train, soit 11% seulement.

Le rapprochement entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel réussi grâce à l'axe routier, le canton aimerait le rééditer avec les transports publics. Surtout que le Conseil d'Etat entend traduire l'«audace» autoproclamée de son programme de législature 2001-2005 par la réalisation du RUN, le réseau urbain neuchâtelois, incluant dans une même agglomération les villes du Locle, de La Chaux-de-Fonds, de Neuchâtel et ses environs.

En 2000, le ministre des Transports, Pierre Hirschy, et le gouvernement reprenaient à leur compte le projet d'un agriculteur chaux-de-fonnier, Francis Kaufmann (Le Temps du 20 octobre 2000): relier Neuchâtel à La Chaux-de-Fonds grâce à un métro souterrain. «Je fonde beaucoup d'espoir dans ce projet», s'enflammait à l'époque le conseiller d'Etat libéral. «Irréalisable», décrète-t-il deux ans plus tard: construire un métro léger ou un RER souterrain sur 14 ou 18 kilomètres est «hors de portée financière» pour un canton qui ne parvient pas à s'extraire des déficits. Aux yeux du Conseil d'Etat, Neuchâtel n'a pas les moyens d'investir 400 à 450 millions, exactement ce qu'ont coûté il y a dix ans les tunnels routiers sous La Vue-des-Alpes. «L'idée séduisante d'un métro, emblème puissant d'un rapprochement politique et fonctionnel entre les villes du canton, conserve toute sa force symbolique, mais ne peut pas être retenue comme un projet réalisable», affirme le gouvernement qui demande de «ne pas confondre symboles et projets».

L'utopie faite projet politique en 2000 est de surcroît terrassée par une liste de handicaps rédhibitoires: un métro ne se justifierait que s'il transportait 25 000 à 30 000 personnes par jour et le train n'en véhicule que 2750 aujourd'hui; la population ne cherche pas forcément à aller d'une gare à l'autre, elle a besoin de se rendre d'une aire urbaine à l'autre, surtout que tant à Neuchâtel qu'à La Chaux-de-Fonds, les pôles d'activités ne se situent pas près des gares. «Inutile de battre des records de vitesse, si le temps gagné est perdu en attente de correspondances», souligne l'exécutif. Le Conseil d'Etat plaide désormais en faveur d'une formule alternative, souple et adaptée à la réalité neuchâteloise, estime-t-il: le «tram-train», «véhicule ferroviaire qui circule comme un tramway en ville et comme un train RER entre les localités», développé dans plusieurs villes européennes pour relier le centre-ville à la périphérie.

L'investissement serait inférieur à 100 millions: il suffirait de remplacer le rebroussement de Chambrelien par une boucle (60 millions), supprimer quelques passages à niveau et construire des îlots de croisement (10 à 20 millions). Le «tram-train» permettrait non seulement d'aller de Neuchâtel à La Chaux-de-Fonds en 20 minutes (contre 32 aujourd'hui), mais desservirait aussi les pôles d'activités entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle, ainsi qu'entre Marin et Boudry sur le Littoral. Il générerait une adaptation des transports publics dans l'agglomération neuchâteloise.

Pierre Hirschy demande donc au parlement d'oublier l'utopique métro et de consacrer 550 000 francs à l'étude du «tram-train». «Rabibochage sans audace d'une ligne ferroviaire du XIXe siècle», dénonçait dans Le Temps André Brandt, président des Rencontres de décembre, forum de réflexion sur l'avenir des Montagnes neuchâteloises (LT du 9 décembre 2002). «Bricolage frileux», reprend un lobby citoyen du Haut du canton emmené par Francis Kaufmann. Partagés entre la force du symbole et le pragmatisme face aux moyens à disposition renforcé par le discours de Pierre Hirschy qui estime que la Confédération et les CFF ne participeraient que de manière très parcimonieuse, les députés sont hésitants. Afin d'éviter un enterrement précipité du projet de métro, ils pourraient demander que l'étude de faisabilité soit affinée, en particulier sur les questions financières, avant de trancher.