En Suisse, la guerre entre Trans World et les sociétés liées à son concurrent Oleg Deripaska fait rage depuis déjà deux ans. Le groupe bahamien a en effet attaqué l'oligarque russe, en déposant en 1999 une plainte pénale pour «escroquerie, gestion déloyale et abus de confiance» contre lui, les sociétés morgiennes Alpro et Blofin, ainsi que leur directeur, Z. Depuis, le dossier – récemment transmis de Vaud à Genève – a donné passablement de maux de tête aux juges en charge de l'instruire.

L'enjeu est de très grande taille: Trans World affirme avoir subi des dommages s'élevant à 124 millions de dollars à la suite de la rupture du contrat entre le groupe et la fonderie d'aluminium de Sayansk, que dirigeait en 1995 celui qui allait devenir son ennemi juré: Oleg Deripaska. A l'époque, les deux parties s'entendaient bien, tellement bien que Sayansk s'était engagée à confier sa production à Trans World. Pas directement, mais par l'intermédiaire de plusieurs sociétés écrans, Tradalco (irlandaise), Alastro (îles Vierges), Alucor et Sayana-Foil (bahamiennes), qui disposaient de comptes à la Banque Cantonale Vaudoise et à United Overseas Bank.

Plus d'aluminium

Dès octobre 1997, pourtant, Trans World ne reçoit plus d'aluminium. Elle finit par s'apercevoir que ses cargaisons d'aluminium sont désormais destinées à d'autres sociétés: elles portent le même nom que les anciennes (Alastro, Sayana-Foil, Alucor), mais sont enregistrées dans d'autres paradis fiscaux. «Ils ont créé des sociétés jumelles portant les mêmes noms pour tromper les douanes», explique une source proche de Trans World.

Accusé d'avoir constitué les entités parallèles tout en percevant des honoraires consistants pour la gestion des sociétés, Z. rétorque que l'accord de partenariat avec Trans World n'a jamais existé par écrit au-delà de 1997 et se résumait ensuite à un simple accord oral. Il affirme que Trans World a essayé de gruger l'usine russe en prétendant perdre de l'argent sur ses opérations de partenariat avec Sayansk, ce qui a poussé Oleg Deripaska à mettre fin à leurs relations. Qui a trompé qui? Submergée de documents, stupéfiée par la complexité des montages, privée de toute coopération des autorités russes, la justice suisse tentera de trancher.