A la périphérie de Genève, un grand bâtiment gris sans particularité tient compagnie aux vaisseaux design abritant Vacheron Constantin, Rolex, Patek Philippe et Piaget. Un panneau discret renseigne sur l’identité de son occupant: Jean Gallay SA. Inconnue du grand public, la compagnie ne s’occupe pas du temps qui passe mais partage la passion de ses voisins pour la mécanique de précision. Non pas horlogère, mais aéronautique. «Environ 80% de ce qui vole dans le monde contient des pièces Jean Gallay», affirme fièrement son directeur général adjoint, Nicolas Lavarini. Le domaine d’expertise de la firme genevoise la place en tête de liste des potentiels bénéficiaires des affaires compensatoires – ou offsets – l’obligation pour le constructeur d’avions de combat qui remportera l’appel d’offres lancé par Berne d’investir une partie du montant du contrat dans l’économie suisse. Encore en discussion, cette contrepartie est pour le moment fixée à 100%: 6 milliards de francs. Le Conseil national en rediscutera toutefois en décembre, avant que le peuple ne donne son avis en fin d’année prochaine. Reportage sur une chaîne de montage dans l’expectative.

Des phares de camion aux moteurs de F-A/18

«Dans ce secteur, nous fabriquons des pièces du nouveau moteur LEAP (Leading Edge Aviation Propulsion), prévu pour les Airbus A320 Neo et les Boeing 737 Max», dit Nicolas Lavarini. En face de lui, sur 10 000 mètres carrés, 200 employés soudent, usinent, forment, poncent et contrôlent des pièces d’avions à l’aide d’imposantes machines – dont certaines atteignent aisément la taille d’un bus. Le Boeing 737 Max, n’est-ce pas le modèle qui s’écrase? «Le problème n’est pas lié aux moteurs mais à un logiciel, sourit le patron.» Fondée en 1898, la solide firme industrielle est passée en un peu plus d’un siècle de la fabrication de phares de camion à celle de pièces d’avions de combat. L’acquisition de chasseurs par la Confédération a joué un rôle historique dans cette reconversion.