Des analyses récentes par sondages ont montré que les sous-sols de l’usine d’incinération des ordures ménagères du Haut-Valais (UIOM) et de l’autoroute A9 contiennent par endroits des charges élevées de mercure et de polluants organiques, tels que la benzidine, l’aniline et l’o/p-toluidine, écrit mardi le canton dans un communiqué. Le sous-sol du chemin de fer du Matterhorn Gotthard Bahn, également analysé, est en revanche peu pollué.

Les valeurs les plus hautes constatées en ces lieux sont comparables aux pollutions documentées dans d’autres secteurs de la décharge et peuvent être qualifiées de très élevées. «Toutefois, selon les données récoltées l’atteinte à la nappe phréatique n’est pas marquée», précise à Keystone-ATS Yves Degoumois, chef de section sites pollués, sols et eaux souterraines au service de l’environnement.

Le cœur de la décharge prioritaire

Aucune mesure d’urgence n’est donc à l’ordre du jour pour ces secteurs périphériques de l’ancienne décharge. Les risques que représentent ces pollutions pour les eaux souterraines devront toutefois encore être évalués, de telle sorte que les mesures nécessaires – surveillance, assainissement avec ou sans excavation – puissent être définies. Un éventuel assainissement de ces secteurs viendra lui plus tard.

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Régler le problème des secteurs périphériques n’est pas prioritaire, relève Yves Degoumois. La zone de l’ancienne décharge est très grande, couvre plus du tiers de la plaine du Rhône à cet endroit et vingt-neuf hectares ont été recouverts sur près de 20 m d’épaisseur, suite au lagunage de déchets liquides entre 1918 et 1978. «Il n’est pas possible de tout nettoyer en même temps», ajoute-t-il.

Dans le plan d’action établi par le canton, c’est le cœur de l’ancienne décharge – près de trois hectares – où la nappe phréatique est atteinte qui sera traité en premier. Les études pour mener à bien cette étape sont toujours en cours. Difficile pour le canton d’avancer une date effective du début des travaux définitifs.

Appel des associations

Pour l’heure, les eaux souterraines en aval de la décharge sont traitées par biosparging (injection d’air dans la nappe afin d’accélérer la biodégradation de la benzidine) depuis janvier 2020. La demande de permis de construire pour la dernière étape d’extension du biosparging a été déposée en mars 2022 et sa mise en service est prévue cette année, précise encore le canton.

Mardi, après l’annonce du canton, Médecins en faveur de l’Environnement (MfE), le Groupe du Haut-Valais pour l’environnement et le trafic, Pro Natura Haut-Valais et WWF Haut-Valais ont appelé à «un assainissement sûr, en une seule fois et définitif de la décharge de Gamsenried».

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Elles rappellent que l’ordonnance sur les sites contaminés est en vigueur depuis 1998 et estiment, qu’à ce titre, Lonza qui a déposé la majorité des déchets est «massivement en retard». Elles exigent que l’entreprise règle définitivement le problème de la décharge dans les 15 ans.

Le nettoyage du site est prévu par étapes sur plusieurs décennies. Et Lonza a, pour l’heure, provisionné 285 millions de francs destinés à la première phase du projet d’assainissement.

Nombreux défis

L’assainissement de toute la décharge doit encore passer de nombreuses étapes. «Les excavations doivent être faites avec toutes les précautions d’usage. Il faut comprendre l’hydrogéologie, modéliser nos interventions et chercher les meilleures solutions possibles avec les ingénieurs pour confiner encore plus le site et l’assainir ensuite», détaille Yves Degoumois.

Le projet doit encore se développer, au travers de différents essais et d’études de faisabilité. Les mesures de confinement et d’assainissement nécessitent une étroite coordination puisque la zone de la décharge est traversée ou bordée par la route cantonale, l’autoroute, les rails, ou encore des pylônes

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Assainir sous des zones déjà construites représente aussi un défi supplémentaire et doit être proportionné. Dans le cas des pollutions identifiées sous l’autoroute, plusieurs méthodes peuvent intervenir. «L’une consiste à injecter un réactif qui traite les polluants pour que ceux-ci se décomposent», explique Yves Degoumois. Testée pour l’heure uniquement en laboratoire, elle présente l’avantage de ne pas devoir détruire ce qui a été construit, contrairement à l’excavation, méthode efficace, «à laquelle il faudra sans doute aussi recourir sur certains secteurs de la décharge. Rien n’est exclu».

Plus de grandes surprises

Le canton a ordonné plus de 260 sondages de 15 à 35 mètres de long. Avec ces dernières investigations concordantes par rapport aux informations historiques (type de déchets, zone et période de lagunage ou de dépôt) en sa possession, il a désormais «une bonne photographie des zones touchées. Et il ne devrait plus forcément y avoir de grandes surprises», souligne Yves Degoumois.