«Tout le monde est conscient que le débat public sera dur et par moment désagréable», affirme un cadre du Département fédéral de la défense (DDPS). Voilà qui promet. Deux semaines après que Christoph Blocher et son bras référendaire, l'ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre), eurent ouvert le feu contre la révision partielle de la loi militaire, le Conseil fédéral a présenté ses arguments, vendredi à Berne. Le chef du DDPS, Samuel Schmid, et son collègue des Affaires étrangères, Joseph Deiss, ont fermement soutenu les arrêtés qui seront soumis au vote le 10 juin. L'un autorise l'autodéfense armée des soldats suisses déployés à l'étranger, l'autre facilite la coopération internationale en matière d'instruction (lire ci-dessous).

Les deux ministres étaient attendus au tournant: Samuel Schmid, parce qu'il succède à Adolf Ogi qui, dans ce dossier qu'il voulait sien, n'a jamais été ambigu; Joseph Deiss, parce qu'il ne va pas de soi que le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) milite pour un projet qui empiète sur le terrain de la Direction pour le développement et la coopération. L'un et l'autre, en tout cas, ne peuvent être accusés de tiédeur. Le chef du DFAE a cependant déclaré que la votation du 10 juin «ne préjugeait pas» de celle sur l'adhésion à l'ONU, qui aura lieu l'an prochain, laissant entendre qu'un refus des deux arrêtés ne serait pas une catastrophe dans l'optique de la prochaine consultation.

Le ministre de la Défense s'est présenté en garant de la sécurité du pays, qui, en matière de patriotisme, n'a de leçon à recevoir de personne: «En tant que conseiller fédéral, en tant que chef du DDPS, membre de l'UDC, ancien commandant d'un régiment d'infanterie et citoyen de ce pays, je suis résolument en faveur d'un double «oui» le 10 juin: je dis «oui» à des engagements en faveur de la paix. «Oui», pour que nos soldats puissent se protéger et remplir leur mission […]. Je dis «oui» à une armée crédible, instruite et prête à défendre notre pays, si nécessaire.» On a là un avant-goût de la confrontation Schmid-Blocher du 28 avril, date à laquelle l'UDC se prononcera sur les deux objets.

Démontant les arguments de l'ASIN, le chef du DDPS a déclaré qu'un refus de l'arrêté sur l'armement signifierait, notamment, «moins de sécurité pour nos soldats», une «dépendance» face à d'autres armées pour leur protection et un renoncement «à une pleine solidarité». Son rejet ne provoquerait pas, toutefois, le rappel immédiat de la Swisscoy du Kosovo, à en croire le ministre de la Défense. «Tout dépendra des thèmes qui seront débattus durant la campagne», dit-on au DDPS.

La coopération dans le domaine de l'instruction militaire, thème du second arrêté, est «importante», selon Samuel Schmid, dans la mesure où elle permet à «notre armée […] d'accomplir sa mission». «Le Conseil fédéral doit être habilité à conclure des arrangements d'ordre général» avec des pays étrangers et laisser au DDPS le soin «de régler les détails techniques».

Enumérant les raisons de voter deux fois «oui» le 10 juin, le ministre de la Défense a placé en tête l'«intérêt» de la Suisse: plus la Confédération est présente militairement sur des terrains difficiles, plus elle est en mesure de freiner l'afflux vers elle de réfugiés. Les autres raisons sont, dans l'ordre, la solidarité, une nouvelle approche des bons offices (le but étant le même: instaurer la paix) et l'acquisition d'expériences. Le chef du DDPS a souligné que ce programme ne violait pas la neutralité ni ne menait la Suisse dans les bras de l'OTAN.

Joseph Deiss a ajouté que la neutralité n'était pas «synonyme de passivité ou d'indifférence». «Nos soldats, comme les pompiers face au feu, doivent être bien équipés.» Le chef du DFAE a cité l'article 58 de la Constitution, selon lequel «l'armée contribue à prévenir la guerre et à maintenir la paix», au besoin en participant à des opérations internationales. «Nous ne pouvons pas laisser aux autres les tâches les plus ingrates (de nature militaire) et nous limiter aux activités les plus agréables (l'aide financière)», a insisté le ministre de la Défense.

Samuel Schmid a précisé, par ailleurs, qu'un groupe de suivi des missions militaires suisses à l'étranger serait constitué, formé d'observateurs parlementaires et extraparlementaires.

Le cadre du DDPS cité plus haut affirme qu'un rejet de l'arrêté sur l'armement «nuirait à l'image de la Suisse», alors qu'un refus de celui portant sur la coopération internationale en matière d'instruction «nuirait à l'armée elle-même».