Editorial

Eoliennes, la lutte sans fin

ÉDITORIAL. En Suisse, en matière d'énergie éolienne, il faut compter entre sept et dix-sept ans pour mener à bien un projet. La faute à ses détracteurs, prêts à porter chaque cas jusqu'au Tribunal fédéral alors même que la population est favorable à l'éolien

Le contraste ne pouvait être plus frappant. D’un côté, un aréopage de personnalités lançant une pétition pour «sauver le Chasseron et le Creux-du-Van de l’industrie éolienne». De l’autre, le Tribunal fédéral rendant un arrêt donnant le feu vert à la réalisation d’un projet de six turbines à Granges (SO). La guerre des éoliennes n’est pas près de s’achever.

Voici tout juste un an, le peuple suisse a approuvé la Stratégie énergétique à une majorité de 58%, celle-ci étant axée sur l’efficience et la promotion des énergies renouvelables. La loi précise désormais que ces énergies revêtent un intérêt national qui doit être considéré comme équivalent à celui de la protection de la nature. Elle réclame aussi des procédures d’autorisation accélérées au niveau cantonal.

En matière d’énergie éolienne pourtant, tout va toujours très lentement, entre sept et dix-sept ans pour mener à bien un projet. Car l’opposition, très déterminée, est prête à porter chaque cas jusqu’au Tribunal fédéral. Elle sait qu’elle n’a rien à perdre. Même quand elle perd, elle gagne du temps, obligeant les promoteurs à revoir leurs projets en raison de l’évolution rapide de la technologie.

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Le cas de Granges est très instructif. Les opposants ont multiplié les motifs de plainte: les effets néfastes sur la santé des voisins en raison des infrasons, la situation des installations à proximité de la zone d’habitation, jusqu’au danger de pollution des nappes phréatiques. Le Tribunal fédéral les a déboutés sèchement sur tous les points.

La Suisse ne compte toujours que 37 turbines – alors qu’il y en a 1300 en Autriche –, qui ne fournissaient que 0,2% de la consommation d’électricité du pays en 2017. Mais dans sa stratégie, le Conseil fédéral estime que l’éolien pourrait couvrir entre 6 et 8% de la consommation lorsque la Suisse aura cessé d’être un pays en voie de développement dans ce domaine. Cela restera une énergie d’appoint bien sûr, mais une énergie non négligeable, d’autant plus qu’elle est produite majoritairement en hiver, à une période où la Suisse doit importer du courant, souvent d’origine fossile d’ailleurs.

Il serait temps que les opposants à cette énergie, qui se cantonnent dans l’obstruction systématique, quittent cette posture et reconnaissent le verdict des urnes. Dans l’écrasante majorité des cas, la population soutient l’énergie éolienne. Dès lors, l’attitude actuelle des détracteurs de l’éolien relève du déni de démocratie.

Par son arrêt, le Tribunal fédéral donne un signal clair: il confirme la volonté populaire comme celle du parlement quant à la mise en place de la Stratégie énergétique 2050. Et il réaffirme que l’implantation de parcs éoliens de taille raisonnable sur les crêtes jurassiennes n’est pas incompatible avec la protection des sites naturels.

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